24/02/2006

tourisme au Sénégal

Le Sénégal vise le million

 

Comment le pays compte doubler d'ici à 2010 le nombre des visiteurs étrangers attirés par ses plages et sa culture.

 

« Sénégal, tu nous régales », chante l'affiche de l'Office du tourisme sénégalais, transformé pour les besoins de la cause en griot national. Cette campagne de communication, menée à travers toute l'Europe, semble avoir porté ses fruits. Depuis la dévaluation, la destination Sénégal attire de plus en plus de touristes : 468 835 visiteurs internationaux en 1998, contre 346 000 en 1994. Et la saison touristique 1999-2000 s'annonce plutôt bonne. Les hôteliers se frottent les mains. L'État également. Les recettes du secteur ne cessent de progresser : 100 milliards de F CFA en 1998, contre 55 milliards en 1994. Une coquette somme qui positionne le tourisme comme deuxième source de devises du pays, juste après la pêche. Cette activité contribue pour 2,8 % à la formation du PIB et procure environ 23 000 emplois, dont 8 000 directs et 15 000 indirects.

Pour un Français, le Sénégal fait partie des territoires connus, héritage colonial oblige ! Ce sont d'ailleurs les grandes chaînes hôtelières et les tour-opérateurs français, dont Accor, Club Méditerranée, Nouvelles Frontières, Fram et Jet Tours, qui dominent la destination. Et les Français, largement en tête des visiteurs européens, constituent 70 % de cette clientèle. Si les vacanciers choisissent de préférence les belles plages du pays, celles de la Petite Côte, autour de Saly, ou celles du cap Skirring, en Casamance maritime, Dakar et Gorée ont aussi leurs adeptes. Saint-Louis, la première grande ville coloniale française d'Afrique, est également un grand pôle touristique. Même la Casamance intérieure, malgré ses rebelles, attire encore quelques irréductibles, passionnés de la brousse.

 

Avantagé par son ensoleillement et ses plages, le Sénégal est avant tout une destination balnéaire. Du coup, la fréquentation touristique est limitée dans le temps. Le gros des visiteurs remplit les hôtels et les plages entre novembre et avril. Mais le tourisme d'affaires, en expansion, permet de remplir certains hôtels toute l'année, du moins dans la région de Dakar.

 

Parce que le secteur s'affirme comme l'un des pôles de diversification de l'économie, le gouvernement entend mieux valoriser cette manne. Actuellement, la part du Sénégal dans le marché africain est encore modeste, à peine 3 %. Il faut donc aller plus loin. L'objectif du Plan stratégique de développement du tourisme est d'accueillir un million de visiteurs en 2010 et de développer l'activité sur l'ensemble de l'année. Pour y parvenir, deux pistes sont explorées : multiplier les produits et étendre les zones touristiques vers l'intérieur du pays. Actuellement, plus de 70 % de la capacité hôtelière est concentrée sur seulement trois régions : Dakar, Thiès et la Casamance. C'est dire le déséquilibre. Le balnéaire restera toutefois le principal segment du marché touristique. Sur ce plan, le Sénégal souhaite se positionner entre les forfaits « bon marché » (Maroc et Tunisie) et l'« offre » aventure (Kenya). Parmi les autres produits d'appel, l'écotourisme ainsi que le tourisme culturel et de découverte ont de l'avenir. Ils bénéficient de la diversité des paysages et de la richesse de la vie culturelle du Sénégal, rythmée par une série de manifestations artistiques, de festivals de musique et de danse. Enfin, le tourisme d'affaires, dont l'expansion est favorisée par la position stratégique du pays, situé non loin des marchés émetteurs et au coeur de l'Afrique de l'Ouest. Parmi les espaces à aménager et à développer, trois zones ont été retenues comme prioritaires : Saint-Louis, dont le site historique va être réhabilité, les îles du Saloum et la Casamance. Mais l'accent est également mis sur Saly-Nord, ainsi que sur les réserves naturelles et les parcs nationaux, dont la gestion pourrait être confiée à des privés.

 

Reste à lever les quelques contraintes qui handicapent ce développement. En premier lieu, mieux positionner le pays sur le marché international par une politique commerciale plus offensive. Les autorités sénégalaises doivent exploiter plus largement leur fonds de commerce, la clientèle européenne, mais aussi porter leurs efforts vers le marché nord-américain. Toutefois, l'expansion attendue ne pourra se faire sans de nouveaux investisseurs. Ceux-ci peinent encore à mobiliser les fonds nécessaires. Pour relancer le crédit, la Banque européenne d'investissement a mis en place une ligne de crédit de 10 milliards de francs CFA, dont pourraient bénéficier des banques locales. De quoi encourager les bonnes volontés.