10/07/2008

problèmes de robinet au Sénégal

Les autorités sénégalaises se résoudront-elles à fermer le robinet des importations d’hydrocarbures du Mali voisin, qui transitent par Dakar ?

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On le craint fort dans les milieux avisés où l’on constate un dérèglement notoire et un laxisme criard sur l’axe Dakar-Bamako comme dans d’autres en ce qui concerne les opérations de ravitaillement en hydrocarbures du Mali. Entre 2003 à 2006, selon un rapport du Vérificateur général du Mali, dont Sud Quotidien détient copie, le manque à gagner en termes de recettes fiscales pour le Mali se chiffrerait à pas moins de 15 milliards de Fcfa. Une situation qui est également préjudiciable au Sénégal. Par ailleurs, le gouvernement sénégalais échaudé par les pénuries des produits à grande consommation qu’accentue la porosité des frontières a décidé de mettre sur place un comité de veille depuis le mercredi 9 juillet.

  

HYDROCARBURES

 

650 tonnes de gaz butane ont traversé entre la mi-juin et les premiers jours de ce juillet des « Flamboyants encore en fleurs », nos frontières pour se retrouver dans les marchés de Banjul, Sérékounda, Pakao etc. en République de Gambie, en Guinée-Bissau, ou encore à Bamako au Mali si ce n’est en Guinée Conakry. Peut-être même au Sierra Leone ou au Libéria qui sait ? Toujours est-il que ces bombonnes de gaz subventionnées chez nous, ont gagné les voisins « pour un double voir triple profit », tandis que la recherche du même produit occupe l’ordinaire des ménages sénégalais et les oblige à descendre dans la rue pour pester, prenant à partie des gouvernants incapables de leur garantir approvisionnement en quantité suffisante.

 

On peut cependant s’étonner de la « passivité » des soldats de l’Economie dont la vigilance à ce niveau semble avoir été prise à défaut. On peut en dire de même de leurs collègues, gendarmes, qui, d’habitude, trouvaient un point d’honneur à réaliser des opérations de protection de l’économie nationale. Ont-ils, tous, la tête ailleurs en ces périodes de canicules hivernales et de diètes populaires ? Possible.

 

Le gouvernement quant à lui, échaudé par les pénuries des produits à grande consommation, les rétentions de stocks de la part de commerçants qui veulent le contraindre certainement à débourser à temps les subventions étatiques promises, la colère des populations qui enfle et la fuite…des produits vers les pays voisins, a décidé de mettre sur pied depuis hier, mercredi 9 juillet un comité de veille. Comité sous la tutelle du Premier ministre et comprenant le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, son collègue des Forces armées, le ministre de l’Energie, celui Chargé du Budget, le Haut Commandant de la Gendarmerie, Directeur de la justice militaire, le Directeur général de la sûreté nationale et le Directeur général de la Douane… Le Comité est chargé de mettre le holà sur la fuite des produits subventionnés vers les pays voisins au détriment des Sénégalais. En ces moments de crise généralisée, la solidarité semble d’abord interne.

 

Hydrocarbures, le Mali fausse le jeu

 

La flambée des prix des hydrocarbures obsède aujourd’hui les Sénégalais. Et cela d’autant plus qu’ils sont informés de coûts moindres à la pompe pour le précieux liquide au Mali voisin et dans certains autres pays de l’Union économique monétaire ouest africaine (Uemoa), même si la tendance est de revenir à la norme (cas de la Côte d’Ivoire qui s’est quasiment alignée sur le Sénégal en la matière).

 

Simplement parce que si au Sénégal, on s’évertue à respecter les prescriptions de l’Union en matière de fiscalité, prescriptions qui datent même de 1998, dans ces pays, l’on semble moins regardant.

 

C’est ainsi qu’aux termes du rapport annuel du Vérificateur général du Mali d’une cinquantaine de pages et dont Sud détient copie, s’intéressant à la période 2003-2006 sur les produits pétroliers et dérivés, les voisins d’Est ont dû se priver de plus de 15 milliards de Fcfa de recettes fiscales « sur la base de la tarification d’août 2006 appliquée au Mali », précise le rapport, sur le ravitaillement de leur pays en hydrocarbures.

 

Des camions qui s’évanouissent comme par enchantement dans la nature. Recensés pourtant dans les pays fournisseurs comme le Sénégal, le Togo ou le Bénin, ils ne laissent aucune trace dans les fichiers de l’Onap et de la Société de contrôle des importations (Cotecna). Des déperditions d’une valeur marchande de plus de 62. 568.328.446 FCfa. De multiples violations des dispositions légales et réglementaires en transport d’hydrocarbures ; ce sont là des éléments qui accréditent la non transparence qui caractérise, selon le Vérificateur général du Mali (Vgm) l’environnement des importations d’hydrocarbures de ce pays.

 

A l’issue d’une mission au Sénégal, au Togo et au Bénin, en vue de collecter et d’analyser de données statistiques relatives à l’importation d’hydrocarbures pour la période 2003-2005, pour son rapport le Bureau du Vérificateur général du Mali avait constaté, l’absence de traçabilité des camions-citernes sur les différents passages. « Un nombre important de camions recensés dans les pays fournisseurs comme étant chargés de carburant à destination du Mali, n’ont pas pu être retracés dans les fichiers Onap-Cotecna », lit-on en effet dans le rapport. C’est là, une des premières conséquences des dysfonctionnements. A noter cependant que ces derniers et leurs ampleurs varient d’un pays à un autre.

 

La douane malienne « dépouillée » à Dakar

 

Au Sénégal, il a été relevé « une exclusion formelle de la douane malienne, par le Protocole d’accord Mali-Sénégal sur le transit, de toutes les opérations relatives aux hydrocarbures, contrairement aux marchandises solides ». On peut donc s’interroger sur l’utilité de la présence des douaniers maliens aux Entrepôts maliens du Sénégal (Emase). Pour les enquêteurs de Vgm, « ils assistent, sans voix prépondérante avec la Cotecna et les douanes sénégalaises, aux opérations de vérification, de chargement et de levée des documents R400 servant de documents de transit ».

 

On observe en outre, fait remarquer le rapport que les chargements sont abandonnés « aux mains des chauffeurs à la sortie du Sénégal, sans remise effective de documents de transit aux douanes maliennes, avec tout ce que cela recouvre comme risques ».

 

En tout état de cause, le Bureau de douane du pétrole de Dakar déclare ne pas recevoir « les acquits supposés être apurés et aucune opération de décharge des acquits n’est ainsi effectuée par aucune autorité de quelque ordre que ce soit au Sénégal. D’où l’impossibilité, de faire la part de ce qui est effectivement sorti du Sénégal », rapporte Vgm.

 

Il fait également observer que des camions sénégalais chargent des hydrocarbures à destination du Mali, en violation du protocole d’entente sur les transports qui réserve cette activité aux seuls camionneurs maliens.

 

Refuse de s’impliquer au Togo

 

Au Togo, il a été constaté que les Entrepôts maliens au Togo (Emato) ne s’impliquent pas dans les opérations de contrôle du fret liquide comme ils le font pour les marchandises solides corrélativement avec la douane et la Cotecna. Alors que, contrairement au Sénégal, il n’y a aucune disposition qui les en empêche. Ce qui fait qu’à Lomé, aucun contrôle n’est effectué sur les camions maliens qui viennent à vide au Port de Faure Eydéma. La douane malienne a même fourni des données pour les vérificateurs ne provenant pas de son système Sydonia. Un système qui est certainement le pendant du « Gaïndé » sénégalais.

 

Quand déperdition rime avec détournement

 

Des données qu’elle est partie chercher à Shell-Togo qui gère en réalité l’approvisionnement du Mali à partir de ponctions effectuées sur le stock de manœuvre du Togo. Alors qu’à Lomé les Emato n’ont aucun rapport avec Shell-Togo. Ce qui amène les enquêteurs à dire « qu’un grand risque de déperdition et de détournement de destination persistent, puisque ces chargements doivent traverser le Burkina Faso, avant d’atteindre le premier poste malien, pour accomplir les formalités…et lever le Trie malien ». Au Port de Cotonou, l’absence de coopération en matière de transit et de commerce entre le Mali et le Bénin, à cela s’ajoute le fait que l’antenne des Emato qui y exerçait n’étant plus fonctionnelle, empêchent tout contrôle sérieux des opérations de ravitaillement à partir du Bénin.

 

En définitive, les différents constats effectués sur les trois corridors incitent bien à la réflexion, en vue de trouver des solutions urgentes. Les conclusions du Vgm ne doivent pas rester lettres mortes : « Sur les trois axes Dakar, Lomé, Cotonou, les déperditions de 2003-2005 ont porté sur 2.641 chargements d’un volume de 119.697.117 litres pour une valeur marchande de 62.568.328.446 Fcfa. Cela correspond à un manque à gagner de 15.053.185.829 Fcfa sur la base de la tarification d’août 2006 appliquée au Mali ».

 

Cette situation décriée par le Vérificateur général du Mali qui recommande entre autres suggestions dans son rapport, la promotion d’un cadre de concertation sous régionale sur l’assainissement du marché des produits pétroliers, est tout aussi préjudiciable au Sénégal notamment. Dans les milieux avisés, on se plaint en effet, du laxisme du fisc malien et surtout du peu de transparence dans le cadre des opérations de ravitaillement des hydrocarbures.

 

Ce qui dans le cadre des produits pétroliers sous douane peut se retrouver dans les marchés parallèles sénégalais. Lui occasionnant en ces temps de disettes et de flambées de l’or noir un manque à gagner fiscale notoire et perturbation dans son approvisionnement propre. C’est la raison pour laquelle, assure-t-on dans lesdits milieux, « qu’ il ne sera pas étonnant de voire les autorités sénégalaises geler sinon arrêter tout bonnement les importations maliennes qui transitaient par son port, ne serait-ce que pour corriger les distorsions observées à ce niveau ». On n’en est pas encore là. Mais c’est tout comme.

 

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