16/09/2015

Grand Yoff

Grand-Yoff : Ici vivaient d'anciens bagnards
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Grand Yoff est l’une des 19 communes d’arrondissement de la ville de Dakar. Quartier populaire situé au cœur de la capitale, Grand Yoff est un « Sénégal en miniature ». Sa population est estimée à plus de 200.000 habitants, pour un taux de croissance annuelle de 2,75%. La population de Grand-Yoff est essentiellement composée de wolofs (32,7%), Maures (01,3%), Pulaar (23,3%), Manjacks (00,7%), Sérères (14%), Diolas (08%) et autres (20%). Le quartier est, connu pour être un véritable repaire de malfrats où des crimes odieux, et une certaine impuissance des forces de sécurité à circonscrire ce mal dans des limites acceptables sont déplorés quasi quotidiennement. Ici, le ratio de sécurité est de 1 policier pour 20.000 habitants.
Un peu après 13 heures, un jeune homme, la trentaine, chemine dans le couloir de la Détention (lieu où sont gardés les détenus). Extirpé d’une cellule grouillante de la prison centrale de Rebeuss, il est habillé d’un tee-shirt rouge et d’un jean bleu à la propreté douteuse. Il tient à la main un sachet bleu en plastique contenant ses effets personnels. Conduit au greffe par un gardien de prison, il est soumis à une dernière formalité d’usage avant de sortir, quelques minutes plus tard, avec une feuille blanche à la main. Un document nommé « levée d’écrou », qui « annule » le mandat de dépôt qui l’a amené dans cette geôle. Ce parchemin lui ouvre grandement les portes de la liberté. Sourire au coin des lèvres, il passe par le poste de police de la Détention, traverse la cour du bloc administratif carrelé, enjambe le lourd portail d’entrée de la maison d’arrêt de Rebeuss et se retrouve dans la cour extérieure, en face du jardin potager de cet établissement pénitentiaire. Il lui reste à faire quelques vigoureux pas, traverser un dernier portail, celui qui fait face à la Corniche ouest, et le voilà humant l’air pur de la liberté. Il est accueilli à la porte par des hommes et des femmes en pleurs qui le serrent dans leurs bras.
Cette nuit, l’ancien détenu ne se couchera pas en quinconce. Il pourra observer le coucher du soleil et même profiter d’un bain de minuit, si ça lui chante. Il retrouvera la chaleur familiale et pourra retrouver une vie normale, entouré des membres de sa famille. Lui, il a cette chance.
Tout le contraire du vieux Thiémokho (nom d’emprunt), originaire du sud du pays. Arrêté et condamné à 20 ans de travaux forcés, il a été transféré à Dakar pour purger sa peine au Camp pénal de Liberté 6. À sa sortie de prison, fatigué par le poids de l’âge et les rigueurs carcérales, en conflit avec sa famille qui l’a abandonné dans la geôle, il n’a plus personne pour le recueillir, ni un sou pour rentrer chez lui où personne ne l’attend. Grand Yoff sera sa demeure jusqu’à sa mort.
En effet, il fut un temps, la zone de Grand-Yoff était un terroir d’exploitation agricole et de pâturage du village traditionnel des lébous de Yoff. Mais, elle est très vite devenue un lieu d’implantation d’anciens détenus. Sa proximité avec le Camp pénal de Liberté VI (qui a la particularité d’abriter les détenus qui purgent de longues peines) a très tôt fait de Grand-Yoff un lieu de prédilection de ces détenus libérés qui, du fait de leur longue durée de détention, ont rompu les amarres avec leurs familles. Implantés dans ce terroir agricole, ils se sont adonnés au maraîchage pour survivre et ont fondé petit à petit des familles. Les habitations ont commencé à pousser comme des champignons et un quartier est né : Grand-Yoff. Quartier qui est, petit à petit, devenu l’un des plus populaires de Dakar. En effet, ces « anciens bagnards » seront rejoints dans les « années 50 » par les premières familles déguerpies du centre-ville. Des populations issues de l’exode rural viendront grossir les rangs.
1950, date de naissance de Grand-Yoff
Selon plusieurs documents officiels, l’agglomération de Grand-Yoff a vu le jour vers les années 1950. Elle serait créée par des pasteurs et éleveurs (famille Fall et famille Lèye), ainsi que des paysans cultivateurs originaires des Niayes, d’où l’origine du premier nom de quartier de Grand-Yoff qui s’appelait « route des Niayes », que fréquentaient les militaires-colons qui quittaient le Camp pénal pour les prisonniers sénégalais, par une route caillouteuse qui traversait Grand-Yoff par l’actuelle route qui va de Liberté VI, passe par la Patte d’oie, rejoint la route des Parcelles assainies (devant la police des Parcelles), continue jusqu’à la station Total de Cambérène, contourne le rond-point et continue vers la cité Golf de Guédiawaye par les dunes qui traverse Thiaroye, Yeumbeul, Malika, Keur Massar vers Boune, Bayakh et entrer dans la zone des Niayes.
Le premier chef de quartier était un sérère de Diégane. Ensuite après le démantèlement du quartier Ndondi (actuel Gibraltar), plusieurs familles ont rejoint Grand-Yoff les unes vers la grande mosquée et d’autres vers l’actuel quartier Kalidou Sy, qu’on appelait quartier Baye Gaindé.
Le peuplement s’est donc effectué, à la manière des villages traditionnels, par vagues successives, sans aménagement préalable et sans viabilisation même primaire en voiries et réseaux divers. Cette occupation spontanée s’est poursuivie après l’implantation des cités HLM Patte d’Oie, Liberté VI et l’implantation du Cices qui viendront s’ajouter au Camp de la Gendarmerie, au Camp pénal, au Camp Leclerc, le Camp Sékou Mballo et l’ex-Cto ( Hôpital Général de Grand-Yoff). Ces équipements vont beaucoup contribuer à la structuration spatiale de Grand-Yoff, comme nouveau pôle de concentration du trop-plein du centre-ville de Dakar. À la faveur de l’implantation de ces équipements structurants, l’accroissement et la concentration de la population dans ce secteur non loin du centre-ville entraînent un étalement spatial de la localité. Ainsi, en 1996 avec l’avènement de la loi sur la décentralisation, cet ensemble très vieux de quartiers a été érigé en Collectivité décentralisée, devenant aujourd’hui la Commune d’Arrondissement de Grand Yoff.
La commune d’arrondissement de Grand-Yoff a été créée par la loi 96/10 du 22-03-1996 qui fixe ses limites ainsi qu’il suit : au nord par l’autoroute menant à l’aéroport Léopold Sédar Senghor (CA de Patte d’Oie) ; au sud par la route du Front de Terre – Liberté VI (CA de Dieuppeul Derklé et Sicap Liberté) ; à l’Est par l’autoroute Patte d’oie – échangeur de Hann (la CA de Hann Bel-Air) et à l’Ouest par la voie de dégagement nord (Vdn) (la CA de Yoff). La commune d’arrondissement de Grand Yoff est située dans la partie nord de la ville de Dakar. Ses limites territoriales sont fixées par la loi 96/10 du 22-03-1996 susmentionnées. Elle couvre une superficie de 8 km2.
7 grandes mosquées, 2 églises, 400 bars
Sa position géographique qui le situe entre le centre-ville et la grande banlieue, fait de Grand-Yoff un des quartiers les plus accessibles sur le plan  du transport. De « quartier pauvre » qui le caractérisait à ses débuts, Grand-Yoff est passé rapidement à celui d’un « quartier moyen » avec des constructions modernes qui contrastent d’avec les labyrinthes, baraques et autres maisonnées malfamées du Grand-Yoff originel. Des quartiers modernes comme Scat-Urbam, Cité millionnaire, Hlm Grand-Yoff, Cité Keur Khadim, Cité Bastos… ont alors vu le jour. On y trouve toutes les couches sociales et catégories socioprofessionnelles ainsi que toutes les ethnies que compte le Sénégal. Chrétiens et musulmans y cohabitent sans problèmes. Églises et Mosquées se font face.
À Grand-Yoff, on compte plus de bars et clandos que de mosquées et églises. On y dénombre 7 grandes mosquées, 32 petites mosquées, 2 églises et une quarantaine de bars et clandos. Dans ce quartier, les gens circulent jusqu’au petit matin. Une aubaine pour les agresseurs qui, une fois rentrés bredouilles dans les autres quartiers, se replient à Grand-Yoff pour leur baroud d’honneur.
1 policier pour 20.000 habitants
Les agressions sont devenues le lot quotidien des habitants ou visiteurs de Grand-Yoff. Il ne se passe pas un jour sans qu’une agression ne soit signalée. Si une bagarre n’éclate pas dans un bar ou clando entre deux « ivrognes » se disputant les faveurs d’une prostituée, c’est un pauvre citoyen qui a la malchance de tomber sur une bande de malfrats. Et souvent, le sang gicle. Et mort d’homme s’ensuit.
C’est que Grand-yoff est poreuse. Un agresseur peut s’échapper facilement après un forfait, Grand-Yoff étant, en effet, encadré à l’Est par l’autoroute (entre l’échangeur de Hann et le rond-point de la Patte d’Oie); à l’Ouest par la voie de Dégagement Nord (Vdn) jusqu’à son intersection avec la route du Front de Terre; au nord par la route de l’aéroport (le rond-point de la Patte d’oie et l’échangeur de la Foire) et au sud par la route du Front de Terre. Aussi les agresseurs ont beaucoup de poches de repli comme la zone de captage se trouvant à un jet de pierre du rond-point de la Patte d’oie, la Foire ou même le pont de Hann.
En outre, Grand-Yoff n’est « protégé » que par un poste de police avec un effectif de 17 éléments, dont le chef de poste, deux inspecteurs et quelques éléments de la brigade de recherches. Maigre pour venir à bout de ce banditisme ambiant de Grand-Yoff. Facile alors pour un agresseur rompu à la tache d’opérer et de prendre la clé des champs sans se faire choper. Ce qui a fait dire à une autorité policière qui a requis l’anonymat que « tout milite en faveur de l’érection du poste de police de Grand-Yoff en commissariat avec un effectif et des moyens conséquents ». « Franchement le Grand-Yoff actuel me rappelle Khourou Mbouki de Thiaroye des années 80. Le facteur démographique et criminogène doit pousser les autorités à implanter le plus rapidement possible un commissariat à Grand Yoff », ajoute-t-il.
Les autorités policières le comprennent bien et commencent à multiplier dans la zone les opérations de sécurisation avec des éléments mixtes provenant de la Sureté urbaine (Su), de la Division des investigations criminelles (Dic), des la police des Parcelles assainies et de Grand-Yoff.
Daouda MINE/Seneweb

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