20/10/2015

CONSTRUIRE AUTREMENT

Au Sénégal, les maisons en terre crue ont du mal à convaincre
4792595_6_30c5_l-interieur-de-la-salle-de-priere-de_58aabd4ca2706827b0a94af6cd11a34f.jpg
Dans une rue de Cambérène, dans la banlieue de Dakar, une bâtisse se détache des autres. A côté des murs bétonnés d’une station essence, on aperçoit une salle de prière à la façade brune. À l’intérieur, les murs sont massifs et les briques visibles. Le plafond et les portes forment un arc. Cette signature architecturale vient d’une méthode ancienne de 3 300 ans et a inspiré le nom de l’association Voûte nubienne, qui a permis la construction du lieu de culte, premier du genre au Sénégal.
Faite de terre crue séchée, la construction est isolante, durable et peu coûteuse. Elle peut répondre au problème de la désertification du Sahel dont souffre le Sénégal. En effet, le pays perd ses territoires boisés nécessaires au secteur de l’habitat et voit plutôt pousser dans ses campagnes des maisons précaires en tôles ou en ciment à l’usure précoce. En novembre 2014, Nicolas Hulot, alors envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, et Monique Barbut, secrétaire exécutif de la convention des Nations unies sur la désertification, ont d’ailleurs visité le bâtiment et encouragé la méthode.
Concurrencer le ciment
A 50 000 francs CFA (77 euros) le mètre carré de gros œuvre, l’alternative des voûtes nubiennes veut concurrencer le ciment qui, pour une qualité bas de gamme, ne descend pas en dessous des 65 000 francs CFA (100 euros) le mètre carré. « Et si le client fournit la terre, l’eau, le mortier et même une main-d’œuvre, il n’aura qu’à payer les maçons qualifiés dans la voûte », précise Fanny Dupuis, coordinatrice du programme au Sénégal. En deux semaines, une structure de 25 m2 peut être élevée.
L’association veut amener de futurs entrepreneurs vers une nouvelle méthode de travail capable de s’imposer sur le marché de l’immobilier au même titre que les acteurs habituels du BTP. En ce moment, Voûte nubienne forme trente apprentis ; la plupart sont des agriculteurs qui cherchent une activité subsidiaire après la période des récoltes. Ils sont formés à l’aspect technique et commercial, du séchage d’une brique jusqu’à la conception d’un devis. L’enseignement veut aboutir à une transmission faite grâce au compagnonnage et à l’apprentissage par la pratique.
L'intérieur de la salle de prière de Cambérène, aux environs de Dakar.
Si l’association est financée par des partenaires français et locaux, comme le poids lourd du BTP Eiffage Sénégal, et soutenue par le ministre de l’environnement, elle attend toujours les réponses d’autres ministères, comme celui de l’habitat. En 2014, le budget alloué à la formation était de 32 000 euros. Lors des chantiers, les maçons fixent une forme de revenu avec l’entrepreneur, par l’argent ou le troc.
« Le cliché de la petite case de village »
Après avoir travaillé au Burkina Faso et au Mali, Voûte nubienne semble avoir du mal à convaincre les Sénégalais. Les populations locales ont perdu depuis plusieurs générations ce savoir-faire du travail de la terre, contrairement aux populations malienne et burkinabée familières à la pratique. « Ils sont réticents et ont une mauvaise image de la maison en terre, cliché de la petite case de village, admet Fanny Dupuis. Pour les Sénégalais surtout issus des régions rurales, la terre est synonyme d’une maisonnette d’une pièce sans finition et peu confortable. « Parler d’un logement durable, qui utilise des ressources locales et accessible aux populations à petits revenus, ça ne leur a pas du tout suffi. »
Comparé aux autres pays d’intervention, le Sénégal est plus actif dans le BTP dit moderne, avec trois cimenteries implantées à travers le pays – la Sococim, les Cimenteries du Sahel et plus récemment Dangote Cement – capables de produire près de 9,5 millions de tonnes de ciment par an. Et même si les tôles sont peu satisfaisantes et chères, elles représentent un idéal pour les ruraux, mais « maintiennent le pays sous dépendance des importations », rappelle la coordinatrice.
Depuis l’arrivée de l’association en 2013, cinq entreprises et des maîtres d’œuvre indépendants ont participé à la construction de 78 bâtiments en terre crue. D’autres sont déjà commandées par des agriculteurs, des familles aisées ou des communes. Une paille face aux 1 200 bâtiments déjà érigés par Voûte nubienne dans le reste de l’Afrique de l’Ouest. À la fin du mois d’octobre, deux nouvelles constructions viendront s’ajouter au compte : une à Ourossogui dans le sud-est du pays, et une autre à Malicounda vers la Petite Côte.
Laurann Clément/Lemondeafrique

Commentaires

Intéressant pour relancer l'investissement touristique : une villa ou un campement en terre séchée devrait intéresser les touristes en quête d'authenticité et coûter moins cher à réaliser.

Écrit par : Eric | 20/10/2015

Répondre à ce commentaire

il ya longtemps qu'on prone la BTC : brique de terre cuite sans aller jusqu'à la voute nubienne qui est evidemment un plus
il ya une entrepris à Thies - direction française - qui s'est spécialisée sur ce creneau : je ne sais pas si elle est toujours active
le mur de l'hotel onomo près de l'aeroport est en BTC chacun peut voir s(il passe vers l'aeroport

Écrit par : ovren | 20/10/2015

Répondre à ce commentaire

En plus d'être typiques, je trouve ces constructions très jolies. Elles permettent en outre de conserver un intérieur frais en période de saison sèche, et protégé des intempéries pendant la saison des pluies. La matière, la forme, la couleur, sont très chaleureuses. Beaucoup mieux que des immeubles en béton, que l'on voit maintenant partout dans le monde.

Écrit par : Candide | 20/10/2015

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.