08/12/2015

BARGNY A PEUR DE L'OCEAN

les vagues frappent à la porte de Fatou Samba

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À Bargny, à 30 km de Dakar, au Sénégal, le foyer de Fatou Samba, transformatrice de poissons, est menacé par l’avancée de la mer due au réchauffement climatique et à l’exploitation abusive du sable marin.
En fin d’après-midi, Fatou Samba a l’habitude de se promener dans son grand boubou sur l’étroite plage de Bargny, à 30 kilomètres de Dakar, pour observer les pêcheurs débarquer leurs cargaisons de poissons. C’est un moment privilégié, qui ne dure pas bien longtemps. Vers 17 heures, la mer monte déjà et le petit banc de sable est rapidement englouti jusqu’à la prochaine marée.
Mère de famille, conseillère municipale et présidente des femmes transformatrices de produits halieutiques de la petite ville côtière, Fatou est également l’une des nombreuses victimes de l’avancée de la mer au Sénégal. Enfant, elle s’amusait toute la journée sur cette même plage de Bargny. Mais en quarante ans, trois rangées de maisons et plusieurs cimetières ont été avalés par l’océan, explique-t-elle, et la plage a peu à peu disparu.
Aujourd’hui âgée de 50 ans, la Sénégalaise a perdu la moitié de sa maison posée face à l’océan. Le foyer compte plus d’une trentaine d’occupants, dont de nombreux proches que Fatou a pris sous son aile lorsque la mer a volé leurs maisons.
« On ne peut pas arrêter la mer avec les bras »
En soirée, Fatou Samba retrouve sa mère dans la cour du logement familial, construit il y a plus de soixante-dix ans. La mer est à moins de dix mètres, le bruit des vagues omniprésent. Une dizaine d’enfants réunis autour des deux femmes claquent des mains en chantant à tue-tête « La mer est en train de nous emporter » – slogan appris lors d’une récente marche organisée par la commune de Bargny, à l’occasion de la COP21 à Paris.
Fin août, les côtes sénégalaises ont été secouées par une tempête si violente que, pendant plusieurs jours, les pêcheurs ont refusé de sortir en mer. La houle a frappé avec force la maison de Fatou, puis les flots ont tranquillement emporté une des chambres. La famille a sauvé les meubles en les hissant avec des cordes tirées par vingt personnes. « Il n’y a rien à faire, lance Fatou en préparant le dîner. On ne peut pas arrêter la mer avec les bras. »
Après la tempête, la conseillère municipale a fait le tour du quartier. Selon ses propres calculs, 53 maisons au total ont été affectées. « La zone de Bargny où j’habite va tout simplement disparaître. On nous a dit que dans vingt-cinq ans la mer atteindra la route principale. Mais les autres quartiers sont surpeuplés. Et nous n’aurons pas l’argent pour louer un appartement », prédit Fatou, alors que dans son dos gronde l’océan.
LOU GARÇON/Lacroix

Commentaires

On ne peut pas arreter la mer avec les bras :
Belle formule !
On ne peut baisser les bras non plus ,car la mer monte et dévore le sable depuis des années sans la moindre digue pour dévier l'érosion?
Effectivement ce jour ,il est tard.

Écrit par : oyster | 09/12/2015

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