14/03/2016

OU EST LA MUSIQUE SENEGALAISE?

Crise du secteur musical et manque de créativité des artistes sénégalais …

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La musique sénégalaise n’est plus ce qu’elle était dans les années 80, c’est-à-dire une musique capable de conscientiser les sénégalais des maux de la société, d’éduquer, mais surtout d’exporter la culture sénégalaise.
Ainsi pour comprendre les causes de ce changement radical, nous avons interrogé quelques fans de la musique sénégalaise à savoir le Mbalax, le Rap ou même l’acoustique.
Il est 11h du matin, nous sommes dans le complexe Douta Seck. Il fait un peu frais et les gens sont en train de vaquer à leurs occupations. Devant l’entrée principale du complexe, nous avons aperçu un homme habillé avec un pantalon et une veste en cuir avec des « rasta » et une cigarette à la main. Interrogé sur les problèmes que connait la musique sénégalaise, M. Diallo répond en disant « Vous savez les artistes d’aujourd’hui sont en panne d’inspiration sans doute à cause de la dureté de la vie. Quand on est un père de famille, certes la musique nourrissait son homme mais ce n’est plus le cas donc on est obligé de chercher du boulot pour pouvoir s’en sortir », a-t-il déclaré.
Toujours selon M. Diallo, « la musique sénégalaise manque aujourd’hui de thèmes sensés en plus du manque de repère », dit-il. D’après lui, les artistes sénégalais devraient se baser sur nos réalités sociales au lieu de celles des occidentaux qui sont complètement différentes des nôtres.
En effet, les artistes occidentaux ont tendance à s’habiller sexy, à insulter dans leurs chansons ou à montrer des images dans leurs clips qui sont à la limite censurables.
C’est dans cette logique même qu’une jeune rapeuse du nom de Tifa, teint claire, cheveux coiffés ainsi que de grosses lunettes nous parle de perte de valeurs. La jeune rapeuse nous explique en ces termes : « Je suis rapeuse et pourtant j’ai jamais essayé de ressembler à Beyonce ou Rihanna au contraire j’essaye de créer mon propre style et dans mes chansons je m’efforce de dénoncer les maux de la société sénégalaise », fustige-t-elle.
Tifa n’a pas manqué de souligner la tendance chez les artistes « Mbalaxmen » à faire du copier-coller au moment où les thèmes ne manquent pas avec les inondations, les coupures de courant, la cherté de la vie, l’accès aux soins médicaux entre autres.
Ainsi, selon Tifa « c’est le Mbalax qui est en panne et non le rap car dit-elle, le rap galsen n’a jamais trahie sa vocation qui est d’être la voix des sans voix ». Pour elle, certains musiciens comme Ouzin Keita devraient plutôt aller faire de la comédie car, la musique nécessite beaucoup plus de sérieux et de recherches.
Toutefois, il y en a d’autres qui pensent que la responsabilité est partagée entre l’artiste, les autorités chargées de la culture et les consommateurs. Samba Diop, un mélomane qui ne consomme que la musique sénégalaise déclare : « Moi, j’aime la musique et je l’écoute tout le temps, mais il est vrai que les anciennes chansons étaient beaucoup plus agréables à écouter que celles de maintenant. Les sénégalais ne s’intéressent plus aux messages dont l’artiste veut véhiculer mais plutôt le rythme donc plus c’est rythmé plus ils adorent ».
Il est vrai que les musiciens d’aujourd’hui misent plus sur le rythme que sur la pertinence des paroles de la chanson. C’est parce qu’ils chantent pour que les fans dansent et non pas pour que ces derniers puissent en tirer des leçons.
En fin, il y a un certain M. Ndiaye qui est professeur de musique dans un lycée de la place. Pour sa part, il pense que les musiciens se soucient maintenant davantage sur comment faire un produit qui peut leur rapporter de l’argent qu’un produit riche en en terme leçons de morale. Il conclut en ces termes, « la piraterie est l’une des principales causes de cette crise musicale car, non seulement elle appauvrie les artistes, mais elle les pousse à se décourager », largue-t-il tout en invitant l’Etat à subventionner les artistes.
Certes, la piraterie est un handicap pour le développement de la musique sénégalaise, mais le vrai problème reste et demeure le manque d’inspiration des artistes qui ont un rôle important à jouer dans cette société.
El Bachir Mbacké Ndiaye/Senenews

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