23/03/2016

GAMBIE GALERE...

Contournement de la Gambie :
Le blues des chauffeurs de la gare routière « Nioro » de Kaolack

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La frontière terrestre sénégalo-gambienne est fermée depuis le 18 février dernier. Les deux points de passage par la Gambie pour rallier le Sud du pays que sont Farafégny et Bara sont interdits aux véhicules dans les deux sens. Cette situation est la conséquence du blocus décrété par le syndicat des transports en riposte à la décision unilatérale de Banjul de porter le prix du passage des camions à 400 000 FCfa. Depuis lors, les voyageurs qui désirent rallier la Casamance ont deux solutions : passer par la Gambie en faisant le voyage par « étapes » ou contourner par Tambacounda.
L’impact de la fermeture de la frontière terrestre pour tous les véhicules de transport ou particuliers est durement ressenti à la gare routière « Nioro » de Kaolack, principale point de départ pour la Casamance. L’ambiance est plutôt morose chez les chauffeurs de la ligne des taxis (7 places) en partance pour Ziguinchor. Les passages, communément appelés « clients », se font désirer sur cette ligne qui, d’habitude, enregistrait avant 10 heures pas moins de cinq départs. Aujourd’hui, les chauffeurs ne voient pas beaucoup de passagers tenter de faire le voyage par la voix de contournement Kaolack-Tamba-Ziguinchor appelée « Corniche ».
La ligne Ziguinchor de la gare routière « Nioro » de Kaolack subit durement la loi du voyage par étapes moins coûteux et plus rapide pour les passagers qui se déplacent sans beaucoup de bagages. « Ça ne marche pas, les clients ne viennent plus comme avant ». Cette boutade lancée par Pape Ndiaye, chef de tableau, en dit long sur le désarroi des transporteurs. Depuis la fermeture de la frontière avec la Gambie, les chauffeurs ont décidé d’emprunter la voie de contournement Kaolack-Tamba-Ziguinchor. Mais, à la gare routière de Kaolack appelée « Nioro », on ne voit pas d’un bon œil ce contournement qui est synonyme de « rareté de clients ».
Pape Ndiaye, rencontré devant un taxi « 7 places », nous explique que la plupart des gens préfèrent voyager par étapes en passant par Kaolack et Keur Ayib. Compréhensif de ce choix, il ajoute que « si vous passez par le bac, par étape, le prix c’est 7500 FCfa. Alors que par la voie de contournement, ce n’est pas moins de 13 000 FCfa ». Conséquences : « depuis le blocus, il nous arrive ici à la gare routière de Kaolack de n’enregistrer aucun départ de véhicule « 7 places » durant toute une journée faute de clients », se désole-il. Pour sa part, un chauffeur, debout à côté, coupe et renchérit : « Ce n’est ni bon pour nous, ni pour les clients qui peinent sur le trajet et, en plus, déboursent plus d’argent pour rallier Ziguinchor ».
La route Koungheul-Gouloumbou-Manda Douane
Trouvé sous une tente et en discussion avec des collègues, Tidiane Wade, un vieux routier, considère que la fermeture de la frontière n’est pas mauvaise en soi compte tenu de toutes les tracasseries que les usagers rencontrent sur le sol gambien. Selon lui, le Sénégal gagnerait en goudronnant la route latéritique Koungheul-Gouloumbou-Manda Douane. « Non seulement c’est plus rapide et moins cher, mais on ne passera plus par la Gambie. En plus, la construction de cette route permettra de réduire la distance d’au moins 200 kilomètres et nous fera économiser en temps et en carburant par rapport au contournement par Tamba », justifie-t-il.
L’autre préoccupation de Tidiane Wade, ce sont les contrôles de la police, de la gendarmerie, des douanes et des agents des Eaux et Forêts. Il se fait un porte-parole et un fervent défenseur de ses cadets qui, d’après lui, « sont victimes d’un certain harcèlement de la part de ces éléments postés sur la route ». Il souhaite, dans ce contexte de recherche de solution alternative au passage en territoire gambien, que les agents des forces de sécurité facilitent les choses aux routiers. Revenant sur les difficultés liées à la traversée au bac, il parle de « taxes légales », « frais de visa » et « racket » des agents gambiens, toutes choses qui font perdre beaucoup d’argent aux routiers sénégalais et à leurs passagers.
En plus, Tidiane Wade déplore « la fâcheuse habitude qu’ont les Gambiens de fermer leur frontière à partir de 19 heures, aussi bien pour les véhicules à l’entrée qu’à la sortie ». Selon lui, cette restriction légale, compréhensive pour des raisons de sécurité, est une occasion pour les préposés au bac et autres agents de soutirer de l’argent aux routiers sénégalais qui ne veulent pas passer la nuit en territoire gambien ». Quant à Sader Thiam, un chauffeur en activité, son souhait est qu’on applique « un seul contrôle par ville, soit à l’entrée ou à la sortie comme c’est le cas à Diourbel et Tamba ».
En saluant la baisse du prix du carburant, les chauffeurs demandent une « mesure spéciale » pour ceux qui prennent la « Corniche ». Selon eux, cela va les encourager à prendre la voie de contournement tout comme il va soulager les usagers qui, aujourd’hui, payent le prix fort pour voyager sur cet axe. Mbaye Sakho, trouvé au tableau Ziguinchor pour les « Ndiaga Ndiaye » et minicars, émet le souhait de voir se terminer rapidement les travaux de la bretelle de 29 kilomètres reliant Vélingara et Kounkané…
Mbaye Sarr DIAKHATE, Souleymane Diam SY (textes) et Assane SOW (photos)/Soleilonline

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