05/05/2016

REGARDS SUR RUFISQUE

Rufisque : entre mer, pierres et abandon

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Le projet « Regards sur la ville de Rufisque » organisé par le photographe Boubacar Touré Mandémory veut confrontrer les points de vue d’auteurs photographes et alerter sur son délabrement.
Jadis, dit-on, c’était un village de pécheurs dénommé « Teung geej ». Ensuite, les portugais dont des vents favorables avaient mené les navires sous ces latitudes, y accostèrent. Ils baptisèrent les lieux du nom poétique de Rio Fresco : rivière fraiche. Certains prétendent d’ailleurs qu’ils dirent plutôt Ré fresco, havre de fraicheur ou encore Rio Fusco, rivière noire.
Qu’importe finalement puisque d’autres étrangers vinrent et l’appelèrent Rufisque. Ils en firent une ville. Ils y construisirent de jolis bâtiments rappelant leurs demeures laissées la bas, de l’autre côté de l’Océan.
Le damel du Cayor, Lat Dior, avait dit : gan du tabax : l’hôte de passage ne construit pas ! Il avait bien raison parce que les hôtes prirent souche et des siècles durant, y furent chez eux.
Ils repartirent finalement en laissant les bâtiments sur place. Traces d’un passé rempli de pages sombres. Empreintes non dissimulables d’une tranche d’histoire faite de luttes, de résistance, d’héroïsme souvent anonyme. Marques-témoins d’un passé commun et patrimoine endogène, désormais de la Ville de Rufisque dont le nom autochtone de Tenggeej n’a jamais été enseveli par les péripéties et vicissitudes de l’ère coloniale.
Ce patrimoine, dont chaque pierre est un livre d’histoire en soi, part en lambeaux.
La mer, jalouse de ces pierres-mémoire de la cité, sape, jour après jour, avec la patience immobile des génies mécontents, de larges pans de ces vestiges prestigieux. Parfois, dans sa furie, elle devient plus dévastatrice et engloutit des quartiers entiers de la cité.
Et l’homme, oublieux et complice inconscient aide la mer dans cette œuvre de destruction.
Mais c’est la mémoire de la cité qui s’effrite avec chaque balcon qui tombe, avec chaque pan de mur qui s’écroule, avec chaque bâtiment désossé laissé à la merci du vent, de la pluie et du soleil.
Chaque maison coloniale, au style si sympathiquement désuet qui s’affaisse, emporte dans sa chute une partie de l’âme de la cité de Maurice Gueye. Reste à Khar Mbaye Madiaga d’entonner à plein poumon le chant de la sauvegarde pour défendre ce patrimoine en péril.
Et tous les sénégalais sont interpelés, tous les africains et tous ceux avec qui nous avons cette histoire en commun. Il est temps de prêter oreille à ces pierres et ces tuiles, à ces ardoises et ces balcons de fer forgé, dont les plaies béantes sont de terribles accusations contre note coupable négligence.
Sinon demain, c’est à travers les photos jaunies d’un album oublié dans une vieille malle que nous tenterons de montrer à nos enfants ce qu’était le patrimoine d’une des villes des quatre communes
Ausenegal.com
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Commentaires

L'avancée de la mer aidant, c'est triste de voir cette ville, qui aurait pu être charmante, tomber en ruines. Mais même avant les catastrophes maritimes, ces beaux bâtiments du patrimoine colonial étaient laissés à l'abandon, sans réparation, sans aucun entretien. Personne au Sénégal ne semble s'occuper du patrimoine immobilier, c'est le cadet des soucis de tout un chacun. Même les maisons individuelles, de belle allure pourtant, paraissent délabrées, et pas seulement à Rufisque. Triste !

Écrit par : Candide | 05/05/2016

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Jamais le patrimoine architectural et surtout Culturel du Vieux Rufisque ne s'est porté aussi bien .Depuis que le maire Daouda Niang dirige la municipalité de Rufisque des jalons importants ont étés mis en place pour la préservation et la mise en valeur du patrimoine de la vieille ville .Les habitants qui ont toujours étés conscients de l'importance de la valorisation de ce patrimoine qui n'est plus colonial mais inscrit sur la liste indicative de l'UNESCO se sont toujours battus pour la conservation du site mais hélas et il faut le dire tous les anciens maires ont contribué a la clochardisation de ce patrimoine car ne se sentant pas concernés .Les trois derniers maires de la ville ont tous étés approchés sensibilisés et même conscientisés par nos soins mais venus d’ailleurs et n'ayant pas comme l'actuel maire Monsieur Daouda Niang la fibre patriotique rufisquoise ils n'ont jamais voulu faire de la préservation et la mise en valeur du patrimoine du Vieux Rufisque leur cheval de bataille.

Écrit par : Alioune Gueye | 06/05/2016

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Eh bien, merci Alioune Gueye, c'est une bonne nouvelle ! Tous mes voeux de réussite à M. Daouda Niang et aux habitants de Rufisque !

Écrit par : Candide | 06/05/2016

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Heureux aussi, d'apprendre que le nouveau maire de Rufisque ne se détourne pas et n'abandonne pas le patrimoine architectural et culturel colonial de sa ville. Au contraire, de la tendance généralisée des gouvernances, des religieux et de la population sénégalaise qui se détournent et abandonnent la patrimoine architectural colonial qui se délabre et le patrimoine culturel tant critiqué et haï, ces derniers temps. Une petite lueur d'espoir dans une perte générale du passé : "Un peuple qui ignore son passé, n'a pas d'avenir".

Écrit par : issa gibb | 07/05/2016

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