31/10/2016

LE TRIANGLE DES ORDURES

Un architecte sénégalais invente une corbeille triangulaire de conditionnement des déchets

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Au Sénégal, les industriels et les services n’accordent pas encore une attention aux innovations et inventions de leurs compatriotes. La corbeille triangulaire indéformable de l’architecte Babacar Thiam risque de tomber dans l’oubli. Pourtant, cette création a obtenu un brevet de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi). Plus adaptée au milieu urbain, elle est segmentée en trois compartiments servant à conditionner plusieurs types de déchets.
La frontière est ténue entre l’architecture et l’invention. Et lorsqu’on est architecte, on peut facilement franchir cette ligne. L’architecture est l’un des métiers où le rêve est une règle. Cette attitude professionnelle mène souvent à la création d’œuvres qui sortent de l’ordinaire. L’architecte Babacar Thiam n’a pas prouvé le contraire.
Dans son atelier, sis à la Cité Karack, sa corbeille triangulaire compartimentée, une création brevetée, est bien visible. Elle a trois parties et peut facilement être accrochée aux angles sans être déformée. Elle est aussi munie d’un tiroir que l’usager coulisse pour la vider. Les trois flancs latéraux ne sont pas des grilles. Les couleurs et la forme valorisent cette corbeille qui s’intègre parfaitement dans le milieu urbain. « C’est une corbeille adaptée en ville parce qu’on peut facilement l’utiliser.
En outre, elle ne prend pas de l’espace. L’usager n’a pas besoin d’effort pour la vider, il suffit juste de retirer le tiroir pour évacuer les déchets », vante Babacar Thiam. L’originalité de cette corbeille a été attestée par l’Organisation africaine pour la propriété industrielle (Oapi). En dépit de ce certificat, cette création est encore à l’échelle de prototype. L’architecte s’est pourtant donné du temps pour la présenter aux autorités et aux services impliqués dans la gestion des déchets. Aujourd’hui, la probabilité que cette innovation tombe dans l’oubli est plus que réelle. « Nous avons vu récemment qu’on a importé des corbeilles de l’étranger.
Or, nous avions fait le tour de quelques services pour présenter cette corbeille. Nous ne comprenons pas certains responsables de services. Il est temps que les Sénégalais fassent confiance à leurs compatriotes qui sont dans l’innovation et l’invention », défend l’architecte. Cette poubelle a été fabriquée avec des matériaux locaux. L’expérience a démontré que les formes des poubelles et des corbeilles peuvent pousser à un usage détourné par les usagers. Les poubelles en plastique servent de fûts dans beaucoup de ménages. Celle de l’architecte, avec ses aérations, offre une marge réduite à d’autres finalités que le conditionnement des déchets.
Franchir les obstacles
Mais les autorités ne sont pas les seuls responsables des contraintes dans l’univers de la créativité au Sénégal. L’architecte met au banc des accusés les inventeurs qui ne se font pas souvent confiance et les Sénégalais qui ne cultivent pas le consommer local. « L’absence de moyens financiers ne doit pas être un obstacle à l’innovation, à l’invention. Je pense que tout innovateur, inventeur doit se battre pour fabriquer le premier prototype », note Babacar Thiam.
Ces obstacles à la créativité ont poussé l’architecte à agir en faveur des innovateurs et des inventeurs. M. Thiam est l’un des rares mécènes ayant investi le secteur des innovations. Son coup de pouce a aidé des inventeurs à concrétiser leurs idées. L’architecte porte plusieurs projets. Parfois, il assiste les porteurs de projet du début de la conception du prototype à la vulgarisation. « Dans leur tête, leurs idées sont claires. Maintenant il reste à les concrétiser. Certains ne peuvent pas aller sans ce coup de pouce », estime-t-il.
L’innovation, l’invention est une activité secondaire pour Babacar Thiam. Son terrain de prédilection, c’est l’architecture. Il ne se contente pas de faire des designs en se servant des technologies plus à la mode comme l’impression 3D. Il enseigne cette discipline dans des écoles de la place. « Ma formation de base, c’est l’architecture. C’est un métier qui oblige à toucher à tout », brosse l’architecte qui est aussi à ses heures perdues urbaniste, designer, infographe, maquettiste et analyste. Il a été formé à l’Ecole d’architecture de Versailles, à Paris, avant de passer dans des cabinets de renom comme Renaissance et Jean-Luc Martin.
L’auteur de l’ouvrage « Index du Coran » aime le jazz et adore jouer au piano. C’est aussi un passionné des sciences, de la mécanique, de l’informatique, de l’électronique et de la peinture.
Diéry DIALLO/Senego

Commentaires

le senegal et surtout DAKAR est devenu tellement sale!! on n'aprend pas au enfant a jeter dans une poubelle resultat les rues sont jonché de detritues,j'habite deriere une ecole privé (CEMAD) je vois les eleves chaque jours jeter leur bouteil plastique et autre dans la rues sans meme se soucier si ça poluent,, si on leur aprenaient la propreté!!

Écrit par : samy | 31/10/2016

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'c'est un sacré programme que de leurs apprendre la propreté surtout quand ils voient les instituteurs jeter au sol également. mais je ne sais pas comment le senegal va prendre ce probleme en compte.
dans notre petit village de casamance en ecole privée , ns apprenons aux enfants les notions de poubelles et de propreté tout simplement, mais qu'ils passent en cp a l'ecole publique, tout est oublié car plus personne ne respecte rien ni les éleves , ni les instituteurs.....et la cour de l'ecole communale est une vraie dechetterie!!!!!!

Écrit par : flopaty | 31/10/2016

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Dommage que personne ne porte attention à Babacar Thiam, architecte touche-à-tout (comme Géo Trouvetou) et à ses inventions pourtant bien utiles, pour leur donner vie et les fabriquer in situ (ce qui donnerait en plus du travail à nombre de Sénégalais/es, après formation évidemment). Ces poubelles apporteraient également (enfin !) de la propreté au sein des familles, ce qui n'est pas rien !
Dommage aussi qu'il n'y ait pas, à ma connaissance, de "Concours Lépine" au Sénégal, où apparemment aucune institution ne vient en aide aux inventeurs/créateurs/concepteurs. Quel gâchis !
Hélas, ces poubelles triangulaires ne viennent pas de Chine, et ne présentent donc aucun intérêt économique... mieux vaut acheter de la mauvaise qualité ailleurs, que d'innover et de fabriquer localement... Belle gabegie !

Écrit par : Candide | 31/10/2016

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Pour une ville de Dakar plus propre ! Quel a été le facteur déclenchant de ce projet ?
"Ici à Dakar, il y a très peu de poubelles à proximité et leur localisation change tout le temps.
Les conséquences ? Des habitants peu éduqués à l’hygiène et à la propreté de leur ville, qui se plaignent par ailleurs, et à raison, mais que personne n’écoute ; un service de ramassage par conséquent très mal organisé voire inexistant ; et donc des quartiers sales, des rues mal entretenues et la prolifération facile de maladies graves pour tous ceux qui vivent ou dorment dehors." Tel est le constat que Dadja Bassou a fait il y a quelques années...
http://imaginationforpeople.org/fr/project/arclean/

Prendre exemple sur Kigali : L’Onu a déclaré la capitale du Rwanda « meilleure capitale africaine ». Modèle de développement, avec ses routes bitumées et ses quartiers salubres, elle fait rêver d’une « autre Afrique ». C’est l’effort et le patriotisme de toute une population qui est récompensée.
http://www.senenews.com/2015/11/01/rwanda-kigali-est-la-ville-la-plus-propre-dafrique_143088.html

Écrit par : Candide | 31/10/2016

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Il n'y a rien a faire les Africains sont anarchistes dans l'ame et ne veulent rien changer a leur mode de vie ,dès qu'ils ont passés la porte de leurs cases,ils se foutent de tout ,ils n'ont pas l'esprit communautaire,alors que leur environnement soit sale ne les intéresse pas sauf si vous les payez pour nettoyer,rendre service gratuitement ils ne connaissent pas,meme si c'est pour leur bien etre,et leur santé

Écrit par : eddy | 31/10/2016

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Tout est une question d'éducation,les enfants pour l'instant sont libres de leurs actes les parents ne leur dise jamais rien alors c'est pas près de changer !!!Regardez la différence entre les villages musulmans et les villages catholiques ou les enfants reçoivent une éducation plus sévère dès leur plus jeune age

Écrit par : cheesm | 31/10/2016

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C'est une question d'éducation civique. Mais l'éducation civique au Sénégal, çà n'existe pas. Les petits voient leurs grand frères jeter les déchets parterre, les grands frères voient leurs parents jeter les ordures parterre. C'est l'éducation du jeter parterre !
Il y a aussi aucune volonté politique d'exemplarité civique : Les chefs d'états qui se prétendent être des intellectuels parce qu'ils ont des diplômes, n'utilisent pas leur savoir pour faire avancer le pays, mais pour duper la majorité analphabète qu'ils gouvernent. Ils érigent des monuments en béton pour appâter les ignares et épater les électeurs, alors qu'ils sont incapables d'assurer une activité aussi élémentaire que le ramassage des ordures, dans un oubli total qu'une population de 12 millions d'habitants génèrent quotidiennement des tonnes des déchets ???
Une politique de ramassage des déchets, de gestion des déchets, de tri des déchets, de transformation des déchets et la destruction des déchets leur est totalement inconnue. Tout comme les lieux d'aisance, les pissotières ou les chiottes publiques pour les hommes et pour les femmes.
L'autre problème est que même si il y a des rares poubelles, on ne met pas les déchets dedans les poubelles, mais parterre autour ??? Pire, on vole les poubelles pour son usage personnel, bafouant le bien-être commun par égoïsme et individualisme. Comme si les sénégalais aimaient vivre dans et avec leurs ordures, dans un pays sale, dans la m..... ???

Écrit par : issa gibb | 31/10/2016

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Tout est dit, à la fois dans l'article et les commentaires.
Sachant que le ramassage et la collecte des ordures globalement non triés sont des problèmes qui sont encore très loin d'être résolus. .. le tri sélectif à travers cette poubelle fait rêver ... car en bout de chaîne il faudrait prevoir une collecte et un recyclage sélectifs !!! Utopie, bien malheureusement pour X décennies !

Écrit par : mina | 31/10/2016

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C ' est le même cas de figure au Togo , au Bénin . . .Les africains considèrent que les espaces publics ne leur appartenant pas , ils n ' ont aucune raison de s ' en soucier ! Un pays a l ' honneur pour sa propreté : Le Ghana !

Écrit par : Annie Magniez | 01/11/2016

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Inventeurs, innovateurs, créateurs, concepteurs, entrepreneurs... Bravo à Yaye Souadou Fall, fondatrice d'E-Cover au Sénégal :

http://afrique.lepoint.fr/economie/prix-anzisha-les-petits-genies-de-l-innovation-africaine-29-10-2016-2079479_2258.php

Écrit par : Candide | 01/11/2016

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Bien joué, le recyclage des pneus usagés en carreaux multifonctions. Les pneus usagés ont été longtemps considéré comme des déchets encombrants et inutiles à part les faire brûler dans les manifestations ou devant les préfectures. Leur redonner une seconde vie est une excellent idée. Yaye Souadou Fall Présidente !

Écrit par : issa gibb | 02/11/2016

Concernant la propreté, tout le monde est perfectible, il suffit d'apprendre ! Rappelez-vous les difficultés rencontrées en son temps par Monsieur Poubelle pour imposer... ses poubelles à Paris ! L'exemple des parents est le premier apprentissage, vient ensuite l'école... et là il reste un travail énorme à faire pour la rendre plus performante.

L'éducation scolaire en Afrique- Éducation : public, privé, même constat. Publié le 09 11 2016 (extrait) :

Promesses en l’air ?
À travers la déclaration d’Alger de 2005, les membres de l’Union africaine s’étaient engagés à affecter au moins 20 % de leur budget à l’éducation. Plus d’une décennie plus tard, rares sont les États qui ont tenu parole. Si le continent comprend quelques bons élèves comme l’Éthiopie (27 %), le Kenya (30 %) ou le Bénin (22 %), la plupart stagnent loin du compte, selon l’Unesco. Les dernières statistiques disponibles établissaient la moyenne subsaharienne à 17 %.

Mais pour Paul Giniès, le véritable défi du continent concernera, dans les années à venir, le secteur informel, qui emploie 90 % des actifs. Il plaide pour la création d’un “radar de compétences” qui permettrait d’identifier et de valoriser les savoir-faire et les savoir-être acquis hors de l’école. “Un bon moyen de favoriser l’employabilité et la mobilité professionnelle des jeunes Subsahariens”, estime-t‑il.

http://www.jeuneafrique.com/mag/367708/economie/education-public-prive-meme-constat/

Écrit par : Xx | 12/11/2016

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Un peuple et surtout sa jeunesse tenue dans la misère, l'ignorance ainsi que dans la soumission et l'obscurantisme religieux, ne se rebelle pas.
Une jeunesse sans les soucis de la misère, instruite et éduquée à la connaissance universelle se révolte !
La jeunesse sénégalaise est tenue hypocritement et volontairement par ses élites politiques et religieuses dans le premier cas cité ci-dessus.
Autre système de gouvernance, à toute manifestation, l'Etat augmente les prix des denrées de première nécessité pour étrangler le peuple par la faim.
Les principes de gouvernance en Afrique sont spéciales, même dans les démocraties dites stables. L'instruction n'est pas une priorité gouvernementale.
Alors, dans les dictatures comme le Zimbabwe ou les pays en guerre comme le Congo, l'Ouganda ou la Centre-Afrique, je n'ose imaginer ?

Écrit par : issa gibb | 12/11/2016

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