04/11/2016

FRANCOPHONE LE SENEGAL?

Le Sénégal est-il encore un pays francophone?

Instant-de-Cafe-TOUBA.jpg

A Dakar, le français recule au profit du wolof. Un phénomène de fond qui n'est pas sans conséquence sur la vie quotidienne.
«Kaay ndékki !» Lorsque l’on se balade au petit matin dans les quartiers populaires de Dakar, difficile de ne pas entendre cette invitation à venir déguster le petit-déjeuner. Une offre sympathique, émanant souvent de gens modestes, qui ont le goût du partage, de la teranga (l’hospitalité à la sénégalaise).
Si cette invitation est formulée en wolof et non pas en français alors qu’elle s’adresse à un toubab (un blanc), n’y voyez pas l’expression d’une quelconque défiance. C’est tout simplement dû au fait que dans ces immenses banlieues dakaroises, l’usage du français est des plus limités.
Le wolof règne en maître. Un grand nombre d’habitants des banlieues sont bien incapables de formuler des phrases en français. Certains n’ont jamais été à l’école. Parmi ceux qui y sont allés, beaucoup n’ont guère entendu la langue de Molière, bien des enseignants préférant s’exprimer en wolof, même pendant les cours.
Parlez-vous wolof?
Dans nombre de capitales d’Afrique francophone, la langue de Voltaire a pu s’imposer comme lingua franca, permettant à des centaines d’ethnies de se mettre d’accord sur l’usage d’une langue, d’avoir un terrain d’entente. A Abidjan, la capitale économique ivoirienne, l’on préfère parler le français plutôt que de donner la primeur à telle ou telle autre langue. Tout est différent à Dakar, la capitale du Sénégal, où le wolof s’est imposé. Même dans les milieux intellectuels, cette langue gagne du terrain.
«Mon patron impose l’usage du wolof dans toutes les conversations. Même si cette langue n’est pas vraiment adaptée aux discours techniques», explique Aissata, cadre dans une grande compagnie d’assurance.
A Dakar, les autres Africains francophones sont très souvent désarçonnés par cette omniprésence.
«J’ai demandé à des Sénégalais de m’indiquer le chemin. Ils m’ont répondu qu’il fallait s’exprimer en wolof, alors même que je leur avais expliqué que je ne parle pas cette langue», s’étonne un Ivoirien, qui a dû abandonner la conversation avant qu’elle ne tourne au pugilat.
«Nombre d’Ivoiriens, de Béninois et autres expatriés se sentent de moins en moins à l’aise à Dakar, à cause de l’omniprésence de cette langue uniquement en usage au Sénégal», explique Alphonse, un enseignant d’origine béninoise.
Même des Sénégalais s’agacent du poids croissant de cette langue.
«Très longtemps, le chanteur Baaba Maal a été boudé par les radios sénégalaises parce qu’il chantait en pulaar (la langue des Peuls) et non pas en wolof. Moi aussi je veux défendre ma culture. A la maison, avec mes enfants je ne parle que le français et le pulaar. Je veux leur transmettre cet élément essentiel de l’identité», affirme Assan, un haut fonctionnaire d’origine peule.
En Casamance, dans le sud-ouest du Sénégal, comme dans les autres régions, le poids du wolof irrite parfois. «Au tribunal, les conversations se font le plus souvent dans cette langue. Les populations locales sont défavorisées. Ce n’est pas leur idiome. Comment peuvent-elles se défendre dans une langue qu’elles ne maîtrisent pas?», regrette Savané, un haut fonctionnaire, même s’il reconnaît que des interprètes sont présents dans la plupart des juridictions.
Le français n'a plus la cote
A la télévision et à la radio, le wolof domine aussi. Les programmes en français ou dans les autres langues sont très minoritaires. Les débats politiques, sociétaux ou culturels ont généralement lieu en wolof. Un wolof mâtiné de français. Seules les telenovelas, les films américains ou les séries indiennes sont doublés en français. Mais inutile d’espérer le commentaire d’un combat de lutte dans la langue de Molière. On un quelconque sous-titrage en français des débats en wolof. Par certains côtés, beaucoup d’Occidentaux éprouvent moins un sentiment d’altérité dans le sud du Nigeria où le pidgin-english (encore appelé broken english) sert de langue véhiculaire.
Au Sénégal, nombre d’enseignants se plaignent d’une baisse générale du niveau en français. «Il a considérablement diminué au cours des dernières années. Les professeurs parlent très souvent en wolof. Dans la vie de tous les jours, le wolof domine», explique Oumar Sankharé, enseignant à l’université de Dakar. Il ajoute une explication politique:
«Lorsque l’on demande à certains Sénégalais pourquoi ils ont autant de réticence à s’exprimer en français, ils donnent des justifications politiques. Ils affirment que ce n’est pas la langue du Sénégal. Un étrange nationalisme s’est développé ces dernières années.»
Après Léopold Sedar Senghor, Oumar Sankharé est le deuxième agrégé de grammaire du Sénégal. Il vient de décrocher ce précieux titre. Mais, selon Oumar Sankharé, les médias dakarois en ont peu parlé. «Ici, on préfère faire les gros titres sur des lutteurs et des politiciens», constate l’un de ses collègues.
Même les enseignants du primaire s’alarment du niveau des élèves. «Il a considérablement baissé. C’est pire chaque année», s’inquiète Cheikh, un instituteur dakarois. Cheikh constate lui aussi que les enseignants préfèrent parler à leurs élèves en wolof. Même les élites ont pris le parti de s’exprimer de plus en plus souvent en wolof. Le français pratiqué est parfois devenu hésitant ou académique. Comme s’ils parlaient une langue étrangère. Ou même une langue morte. Le vocabulaire est quelques fois daté, ancien, figé.
Une situation d’autant plus étonnante que le Sénégal s’enorgueillit d’être le berceau de la francophonie. Léopold Sedar Senghor (chef de l’Etat de 1960 à 1980) a été un grand défenseur de la francophonie. Il prétendait même au titre de «père de la francophonie». Le président poète a toujours proclamé son amour de la langue française. Son successeur, Abdou Diouf (au pouvoir de 1980 à 2000), dirige désormais la francophonie.
A l’image de Jacques Diouf, à la tête de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) jusqu’à l'été 2011, les Sénégalais sont omniprésents dans les organismes internationaux. Traditionnellement, ils étaient réputés pour leur maîtrise de la langue française. Des Ivoiriens avaient d’ailleurs pour coutume de dire que les Sénégalais parlaient le «gros français», à savoir le français des Français. Mais de plus en plus, le «gros français» donne l’impression de décliner. Il laisse place à un français créolisé, un mélange de français, de wolof et aussi d’anglais.
L'attrait des Etats-Unis
De plus en plus de Sénégalais font des études et de longs séjours en Amérique du Nord et ils truffent leur français d’expressions américaines. Le déclin du français au Sénégal est aussi lié, sans doute, à la perte d’influence de Paris. Et au moindre attrait de la culture française à Dakar.
La capitale sénégalaise est la région la plus à l’ouest d’Afrique, la plus proche des Etats-Unis. Une terre qui fait fantasmer. Même les lutteurs professionnels rêvent d’Amérique. A l’image de l’une des vedettes de la profession, Tyson, qui aime à se vêtir d’une bannière étoilée et à s’entraîner aux Etats-Unis.
Fin juillet à Dakar, j’ai croisé l’ex-ministre d’Etat Landing Savané. Cet ancien militant d’extrême gauche affirme qu’il sera sans doute candidat à l’élection présidentielle. Même lui qui revendique son passé soixante-huitard à Paris, admet regarder de moins en moins vers le Quartier latin. Quand Landing Savané n’est pas au Sénégal, c’est aux Etats-Unis qu’il se rend désormais. Signe des temps, Sitapha l’un de ses enfants choisit une toute autre voie que celle de son père. Le fils de Landing Savané joue au basket aux Etats-unis... En NBA.
Pierre Cherruau/Slate.fr

Commentaires

C'est dommage...Les enfants devraient apprendre le français en école maternelle puisque c'est la langue officielle ...
mais les ecoles maternelles n'existent pas...sauf à Diofor avec Isabelle Goudin;;;

Écrit par : Denise Randier | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

Il y a pas un loi que les enfants sont obligé dommage

Écrit par : Gyles | 05/11/2016

Et c'est bien dommage... Le malaise a changé de camp en seulement quelques années. Maintenant, l'exception, c'est parler français. Quand vous le parlez, on vous regarde du coin de l'oeil et vous êtes taxé de "toubab". Dans les milieu professionnel, c'est juste une honte, vous attirez la méfiance et quelques fois, le mépris. Pourtant, c'est la langue officielle.

Écrit par : norman | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

C'est vrai que le français recule,mais comment enseigner a des enfants qui sortent de 3 ans d'école coranique,le français, sans se servir de leur dialecte habituel,alors que chez eux souvent cette langue est inconnue,je ne pense pas que ce soit une abbération, ils ne parlent que le wolof pendant 6 années,comment leur expliquer une autre langue sans se servir de la leur!!!!!donc en primaire ce n'est pas anormal,il faut plus d'une année pour apprendre le français le lire et l'écrire,quoi de mieux que le wolof pour leur inculquer,inutile de leur matraquer une langue comme on l'a fait avec le coran pdt 3 années,il vaut mieux qu'ils comprennent ce qu'on leur enseigne

Écrit par : eddy | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

Fier de la domination du wolof et de nos autres langues nationales n en déplaisent à certains

Écrit par : K&@b | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

C'est votre droit et c'est louable d'être fier de sa langue maternelle. Cependant, traiter des affaires et signer des contrats à l'échelon international en wolof, c'est impossible... d'une part parce que le wolof n'est pas une langue commerciale, ni technique, ni juridique, d'autre part, parce que lorsque vous parlez le wolof vous utilisez obligatoirement quantité de mots français, n'ayant aucun équivalent dans votre langue d'origine. Il faut savoir où placer sa fierté : être fier c'est bien, être réaliste c'est mieux, surtout au XXIème siècle, totalement "englouti" dans la mondialisation. Le français se situe à la 5ème place des langues le plus utilisées dans le monde. Et le wolof, quelle place ?

Écrit par : Xx | 04/11/2016

Français, chinois, wolof... qu'est-ce que ça peut foutre ? juste, il faut rédiger les informations dans la bonne langue pour être cohérent. Le reste n'est qu'une question de position de la langue dans la bouche.

Écrit par : bill | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

Il faut juste savoir lire et écrire dans ladite langue...

Écrit par : Xx | 04/11/2016

normal d'etre fier de ses origines ,mais le wolof vous isolera du monde ,et aujourd'hui c'est l'international qui prime ,on ne peut plus rien faire tout seul,le Sénégal ayant plusieurs dialectes pour l'économie d'un pays ce n'est pas jouable,a moins d'avoir envie d'un retour en arrière

Écrit par : eddy | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

les casamançais n'accepteront jamais le wolof comme langue officielle, ils préfèrent encore le français, j'avais fait une petite enquete là dessus il y a 5 ans

Écrit par : flopaty | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

par contre quand on leur file du fric , ils savent parler français !!!!!

Écrit par : flopaty | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

Ne pas perdre de vue que parler le français est bien utile pour certains, comme ces étudiants sénégalais qui partent à l'étranger pour poursuivre leurs études dans les grandes écoles.
Il existe aussi "une forte communauté sénégalaise qui vit à l’extérieur du pays ; ce sont principalement des hommes jeunes qui s'installent en Europe, surtout en France, ou en Amérique du Nord, notamment au Québec, avec un projet de retour vers le pays au bout de quelques années".

Écrit par : Candide | 04/11/2016

Répondre à ce commentaire

Le FRANCAIS est la langue officielle de ce pays d'une part ,mais encore plus le ciment du SENEGAL ...
Vous pouvez continuer vos dialectes et construire des barrières dans la compréhension ,mais ceci est en fait un frein puissant pour le développement ..

Bref un retour vers le passé et des divisions en perpectives .............

Écrit par : oyster | 05/11/2016

Répondre à ce commentaire

La pire décision stratégique de nos dirigeants est de persister à considérer la langue française comme langue officielle.
Les francophones sont et seront de plus en plus les handicapés linguistiques de ce siècle et des siècles à venir.

Il n'est pas trop tard, mr Sall et ton ministre de l'éducation nationale, on a un rapport trop affectif avec l'ancienne puissance coloniale, il est tant de rompre le dernier cordon ombilical.

Écrit par : Ndiaye | 05/11/2016

Répondre à ce commentaire

Voilà qui va conforter Ndiaye (ou pas... ?), auquel je conseille vivement de lire l'article de bout en bout, donc du début à la fin, même si çà lui semble un peu long ! allez, courage !

http://www.senat.fr/rap/l01-298/l01-2982.html

Forte de 42.000 personnes, la communauté des Sénégalais résidant régulièrement en France représente 22 % des ressortissants d'Afrique subsaharienne...
Si le nombre de Sénégalais a doublé entre 1975 et aujourd'hui (passant de 21.000 à 42.000 personnes)...
Ces données ne tiennent naturellement pas compte de l'immigration clandestine qui pourrait, selon certaines estimations, représenter un chiffre comparable à la présence régulière, soit 40.000 personnes...

Écrit par : Xx | 05/11/2016

Bannissons le fr et prenons l anglais

Écrit par : K&@b | 05/11/2016

Répondre à ce commentaire

Vous aimez rechercher les problèmes pour rendre impossible le dialogue dans votre pays , autant dire que pour construire un aéroport il faudrait dans ces conditions cinquante ans au lieu de vingt .....
Un peu de bon sens !

Écrit par : oyster | 06/11/2016

Vous avez bien raison bannissez le français mais n'oubliez pas au passage de bannir aussi l'argent français,les français se porterons mieux!!!!!

Écrit par : maie | 05/11/2016

Répondre à ce commentaire

parfaitement d'accord avec vous, qu'ils cessent de quemander de l'argent à la France.......

Écrit par : flopaty | 05/11/2016

Encore un sujet qui part en coui.... Finalement, imposer le wolof donnerait du travail à des rédacteurs, traducteurs, imprimeurs, etc... Ne serait-ce que pour imprimer la documentation officielle, commerciale et technique et tous les manuels scolaires à rédiger en wolof. Pour les autres ethnies, ce sera toujours aussi compliqué. Serrere, bambara, al poular, peul....

Écrit par : bill | 05/11/2016

Répondre à ce commentaire

Et l'UEMOA dans tout çà ? Sur les 8 pays membres, 7 ont le français comme langue officielle (en Guinée Bissau c'est le portugais). Ils vont échanger en wolof désormais ?
C'est très étonnant toutes ces prises de position contre le français, alors qu'on se gargarise dans le même temps de créer bientôt les Etats-Unis d'Afrique ! en wolof aussi ?
Des citoyens assez versatiles finalement, qui se précipitent naïvement tête la première dans tous les pièges tendus... pire que le casse-tête chinois... un peu triste, mais assez comique au fond !

Écrit par : Candide | 07/11/2016

Répondre à ce commentaire

Et la CEDEAO aussi, c'est vrai, j'ai oublié... dont les langues de travail sont : l'anglais, le français, le portugais.

Écrit par : Candide | 07/11/2016

Répondre à ce commentaire

Bientôt, ce sera l'arabe qui sera la langue officielle et obligatoire au Sénégal, vue la radicalisation forcée du pays, la présence des frères musulmans et les ré-islamisateurs wahhabites saoudiens, invités par les mourides pour garder les privilèges et établir leur propagande anti-occidentale. Le wolof, le sérère, le peul, le poular, le bambara, le diola, le malinké, le soninké, etc ... Interdits. Le français, ancienne langue officielle bannie comme toutes les autres langues étrangères. Les hommes porteront la barbe et devront aller à la mosquée chaque vendredi sous peine de flagellation publique, tout comme pour les couples hors mariages. Les voleurs auront les mains coupés. Les adolescents qui écoutent de la musique occidentale seront décapités en place publique. Les femmes entièrement voilées de tchadors noirs. Les enfants dans les daaras pour apprendre uniquement l'arabe, le Coran et la haine anti-occidentale pour en faire les soldats de la foi. Le grand pas en arrière ou le grand bond en avant ! What is the question ?

Écrit par : issa gibb | 07/11/2016

Répondre à ce commentaire

Bientôt, ce sera l'arabe qui sera la langue officielle et obligatoire au Sénégal, vue la radicalisation forcée du pays, la présence des frères musulmans et les ré-islamisateurs wahhabites saoudiens, invités par les mourides pour garder les privilèges et établir leur propagande anti-occidentale. Le wolof, le sérère, le peul, le poular, le bambara, le diola, le malinké, le soninké, etc ... Interdits. Le français, ancienne langue officielle bannie comme toutes les autres langues étrangères...Interdits.
Les hommes porteront la barbe et ils devront aller à la mosquée chaque vendredi sous peine de flagellation publique, tout comme pour les couples hors mariages. Les voleurs auront les mains coupés. Les adolescents qui écoutent de la musique occidentale seront décapités en place publique. Les femmes entièrement voilées de tchadors noirs. Les enfants dans les daaras pour apprendre uniquement l'arabe, le Coran et la haine anti-occidentale pour en faire les soldats de la foi. La charria comme seule loi. Le grand pas en arrière ou le grand bond en avant ! What is the question ?

Écrit par : issa gibb | 07/11/2016

Répondre à ce commentaire

et ,nous ne viendrons plus .......

Écrit par : oyster | 08/11/2016

Je crois que c'est exactement ce qu'ils veulent!!!!sans penser aux conséquences ,ils revent chinois

Écrit par : eddy | 08/11/2016

Répondre à ce commentaire

Écrire un commentaire