30/01/2017

CONFERENCE DE PRESSE DU NOUVEAU PRESIDENT GAMBIEN

Le Sénégal, Jammeh, pont sur le fleuve… : A cœur ouvert avec Adama Barrow…

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Pour sa première conférence de presse en terre gambienne et en sa qualité de président de la République, Adama Barrow n’a pas fait les choses à moitié. Tenue dans sa résidence de Brufut, le président a d’emblée précisé n’avoir jamais habité au State House, le palais présidentiel, qu’il ne tardera pas à regagner lorsque les conditions s’y prêteront. Le Sénégal, son gouvernement, les droits humains, la démocratie, le sort de l’ancien président Yahya Jammeh… sont largement revenus dans les questions auxquelles il a répondu avec le même enthousiasme en anglais, wolof et pulaar.
Très interpellé sur les relations avec le Sénégal, le président Barrow a mis en avant l’importance de « bonnes relations de bon voisinage ». « Le Sénégal est un pays frère et ami avec qui nous allons continuer à œuvrer pour de meilleures relations possibles. Nos deux pays ont la même culture, les mêmes langues, la même histoire qui en font, en réalité, un seul et même pays. Nous avons intérêt donc à œuvrer pour de solides relations fraternelles », a-t-il souligné. Aussi, pour le pont sur le fleuve Gambie qui devrait faciliter le déplacement des populations, il a rassuré sur son souhait de « travailler étroitement avec le gouvernement sénégalais pour sa réalisation ». Tout comme il a laissé entendre sa disponibilité de « discuter avec ce même gouvernement et du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (Mfdc) pour résoudre la question de la crise en Casamançaise».
Le président Adama Barrow a indiqué que la « composition de son gouvernement sera connue lundi ou mardi au plus tard ». « Nous travaillons là-dessus », a-t-il insisté. Très concentré sur son élément et allant directement à l’essentiel par des réponses courtes, le président a aussi souligné que le sort de l’ancien président est du ressort d’une Commission qui sera mise en place pour déterminer s’il devra être jugé ou pas. De la même façon que pour bon nombre de ses compagnons. Il a, entouré de membres de sa Coalition, indiqué que la résolution qui a permis le départ de Yahya Jammeh était plus mue par une « volonté d’assurer la paix que de donner une amnistie quelconque ». En attendant les conclusions de la Commission, l’urgence et les priorités résident, pour le président Adama Barrow, dans l’instauration d’un Etat de droit, de la démocratie, du respect des droits de l’homme, de la lutte contre la corruption. Mais aussi d’un climat propice à la liberté de la presse.
Rappelant le long règne du président Jammeh et les violations systématiques des droits humains, il a mis en avant la nécessité de « changer de méthode et probablement de nom pour l’Agence nationale de renseignement qui est une institution qui doit être utile ». Le très craint national intelligence agency (Nia) a été le bras armé de l’ancien président contre nombre d’opposants ou de citoyens qui y ont été torturés, bastonnés ou portés disparus, selon le témoignage de nombreux gambiens.
Rester membre de la Cpi
L’homme fort de la Gambie a aussi martelé que la Gambie restera la République de Gambie et non une République islamique telle que voulue par Jammeh. Ou encore que le pays «restera membre de la Cour pénale internationale (Cpi) eu égard au fait que cette juridiction promeut le respect des droits de l’homme, de la démocratie que nous voulons mettre en place ». De la même façon, il a souhaité une « réintégration, le plus rapidement possible, du Commonwealth », l’espace des pays de langue anglophone.
Sur la question de l’âge de la vice-présidente, largement revenue au cours de cette conférence très bien couverte par la presse internationale, il s’est voulu très clair : « Nous apporterons la preuve qu’elle n’a pas l’âge qu’on lui prête. Ce sont ceux-là qui lui donnent cet âge qui devraient d’ailleurs en apporter la preuve ». Aussi, a-t-il indiqué que c’est madame Fatoumata Diallo Tambajang qui le représentera au sommet de l’Union africaine qui se déroule présentement à Addis-Abéba. S’étant engagé à effectuer un mandat de trois ans, le président Adama Barrow a laissé entendre qu’il pourrait faire les cinq années pour lesquelles il a été élu si le « travail n’est pas terminé, mais surtout avec l’accord de la Coalition qui m’a porté au pouvoir ».
Sur le général Ousmane Badji, chef de l’armée gambienne, le président Barrow a indiqué «qu’il fait son travail ». «Je pense que ce sera très difficile pour la nouvelle opposition de faire face après 22 ans de pouvoir. Mais je tiens à rassurer sur le caractère démocratique qui doit prévaloir et à dire que cette opposition aura des droits que nous n’avions pas nous en tant qu’opposants », a-t-il répondu. Interrogé également sur Kanilaï, le village natal du président Yahya Jammeh, le président Adama Barro a fustigé le « caractère privilégié qui avait été réservé à ce village du fait simplement qu’il était le village du président ». « Ce n’était pas équitable pour les autres villages ou localités de la Gambie », a fait remarquer le président.
Il a salué le travail abattu par la Mission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest en Gambie (Micega) tout en indiquant que celle-ci pourrait « rester aussi longtemps que nécessaire ».
Ibrahima Khaliloullah Ndiaye, Maguette Ndong (textes) et Ndèye Seyni Samb (photos)/lesoleil

Commentaires

Il est grand temps de prendre la state HOUSE qui représente symboliquement le pouvoir .

Écrit par : oyster | 31/01/2017

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Le Président Adama Barrow a peut être encore peur des fantômes de Yaya Jammeh dans la State House. L'Afrique et ses superstitions !
Il faut faire passer les sorciers, les marabouts, les grigris, puis les services spéciaux et d'espionnage pour voir s'il n'y a pas de micros dans les murs et les plafonds. Entre superstitions et paranos, il faut bien aérer le bâtiment après 22 ans de dictature pour commencer à gouverner avec des caisses vides parce que Yaya Jammeh est parti avec ce qu'il y avait dedans.

Écrit par : issa gibb | 01/02/2017

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Si le pdt ne se bouge pas pour affirmer son autorité ,le risque est grand ?

Écrit par : oyster | 01/02/2017

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Effectivement, le Président gambien Adama Barrow donne l'impression de manquer d'autorité et de trainer la savate. Maintenant le poste est à hauts risques, il y a encore des pro-Yaya mécontents. Espérons que ce n'est qu'une impression ?

Écrit par : issa gibb | 01/02/2017

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