20/06/2017

POLITIQUE ET RELIGION

Quand le pouvoir religieux freine l’autorité de l’Etat

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C’est un truisme de dire qu’au Sénégal, l’autorité de l’Etat ne s’exerce pas partout de la même manière. La ville de Touba par exemple jouit d’un statut particulier qui lui confère certains privilèges, comme le fait de ne pas respecter la parité en matière électorale.
La présence de la gendarmerie et des forces de police a été une « concession » des autorités religieuses, permettant ainsi de faire exercer, d’une certaine manière, l’autorité de l’Etat.
Toutefois, les derniers événements dans la ville sainte en disent long sur le traitement fait aux forces de sécurité et de Police souvent obligées de se référer au Khalife général pour exercer leurs prérogatives. Car, il y a, comme qui dirait, une forme de résistance passive et parfois active de la part de populations qui ne reconnaissent que l’autorité du Khalife.
C’est ainsi que si un des éléments affectés sur place se comporte d’une manière jugée répréhensible par les populations, le Khalife est interpellé pour qu’il mette fin à ses exactions ou qu’il soit tout simple affecté ailleurs.
Un ancien gendarme aujourd’hui à la retraite et qui a été dans le groupe des premiers ayant servi à Touba, nous raconte qu’il a une fois été convoqué par le Khalife général des Mouride en personne, Serigne Saliou Mbacké, à l’époque, parce qu’on lui a raconté qu’il frappait les enfants. Il n’a dû son « salut » qu’aux explications claires qu’il a apportées au marabout très attentif à son raisonnement et qui l’a convaincu.
Cette situation rappelle cette sortie du Grand Serigne de Dakar, Abdoulaye Makhtar Diop, qui rappelait que la loi sur l’interdiction de fumer en public n’est pas applicable au Sénégal parce que chez les Khadres par exemple, « tout le monde fume, y compris le Khalife général ».
Le Chef de la communauté Lébou, pourtant grand homme d’Etat, rappelle que personne n’ose condamner le Khalife général parce qu’il fume en public.
Comme quoi, la loi sur le tabac ne s’aurait s’appliquer à cette confrérie parce qu’ils ont l’habitude de fumer en public.
Et cette faiblesse de l’autorité de l’Etat face au pouvoir religieux ne s’arrête pas là.
D’Abdou Diouf à Macky Sall, tous les Chefs d’Etat se sont attaqués à la mendicité des enfants de la rue au Sénégal. Ils sont tous reculé face à la pression de groupes religieux qui ont mené des campagnes contraires de protection de l’Islam et de son héritage au premier rang desquels les daaras, ces écoles coraniques dont le mode d’enseignement est contraire à ce quoi se fait dans les écoles modernes.
Bien sûr, le pouvoir politique craint le vote-sanction de la part de communautés qui n’hésiteront pas à exécuter la « fatwa » de leurs chefs.
La réalité, au Sénégal, c’est que les citoyens sont beaucoup plus obéissant au pouvoir religieux qu’au pouvoir politique. La preuve, chaque homme politique a son marabout qu’il écoute surtout au moment des choix importants.
L’ancien ministre Samuel Sarr disait par exemple que c’est son marabout qui lui a désormais interdit de s’attaquer à Macky Sall. Depuis lors, il s’est rapproché de lui. Et il est loin d’être le seul.
Mieux, si un problème surgit, l’autorité centrale de l’Etat et les autorités décentralisées se réfèrent d’abord aux marabouts.
Les Khalifes généraux sont les premières sollicités, mais, à côté d’eux, leurs frères, sœurs, enfants et autres parents bénéficient aussi de cette sollicitude source d’immunité de toutes sortes qui leur confèrent beaucoup d’avantages comme les passeports diplomatiques, des statuts d’Ambassadeurs itinérants, des marchés de l’Etat, etc.
C’est ce qui explique l’influence toujours plus grandissante du pouvoir religieux. Ce sont les Sénégalais eux-mêmes qui le veulent ainsi. Nous avons ainsi un système dit « laïque » mais qui est à forte connotation religieuse, avec cependant le seul garde-fou que la plupart des marabouts ont en tête la préoccupation de respecter au maximum les lois de l’Etat.
Car, l’Etat a su, à des moments difficiles, exercer tout de même son autorité même cela pourrait être perçu comme de l’autoritarisme, parfois. C’est le cas lors de l’arrestation de guides religieux comme Serigne Cheikh Tidiane Sy au temps de Senghor et de son fils Serigne Moustapha beaucoup plus tard par le régime de Diouf, celle de Cheikh Béthio Thioune pour l’affaire du double assassinat de Médinatoul Salam, celle de Assane Mbacké suite à l’incendie de la maison du député Moustapha Lô, celle dramatique de Khadim Bousso, etc. Et la liste est loin d’être exhaustive.
L’Etat a su aussi interdire la militarisation des milices privées de certains groupes religieux, notamment de Serigne Modou Kara.
C’est la particularité de notre système politique. Très inféodé au pouvoir religieux, il sait lui être docile, mais aussi hostile quand la situation l’exige.
C’est ce subtile dosage qu’il faudrait toujours réussir dans les relations ô combien sensibles entre pouvoir religieux et pouvoir politique au Sénégal.
L’un a besoin de l’autre dans l’exercice de son sacerdoce.
Il faudra toujours respecter le pouvoir religieux, mais travailler à l’amener à appliquer la loi dans toute sa rigueur.
Awa Diallo-Rédaction mediasenegal.sn

Commentaires

Ce n'est pas gagné à l'heure ou les mosquées poussent comme des champignons partout dans le pays.vous avez dis Laïcité?

Écrit par : Chaman | 20/06/2017

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Je suis d'accord avec toi faudrait investir ces sous dans d'autres secteurs qui en ont bien besoin par exemple les infrastructures et autres

Écrit par : galsen | 20/06/2017

C'est pas gagné au Sénégal,la religion est de plus en plus présente!!!enfin surtout les religieux qui ont peur de voir leur train de vie s'effondrer,et le peuple enfin décider de son sort

Écrit par : eddy | 20/06/2017

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Certains pensent qui il a y a un équilibre harmonieux entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique au Sénégal.
Oui, pour maintenir les sénégalais dans la soumission, la pauvreté et l'ignorance, car un peuple instruit et surtout une jeunesse instruite se révoltent.
Ces 2 pouvoirs s'attendent bien pour bouffer, toutes les parts des gâteaux, sans partage avec le peuple. Pas de social, pas de charité, pas de pitié...
Par contre, le commentaire fait une erreur grave sur la laïcité au Sénégal :
Pour rappel, lors du référendum du Président Macky Sall, les Khalifes des confréries se sont opposés à l'intangibilité de la laïcité. Et ils ont obtenu l'abrogation du texte sur l'intangibilité de la laïcité du référendum. En clair, la laïcité existe au Sénégal, sans exister.
C'est ce qui est grave : dans une République démocratique et laïque, la laïcité permet à chaque citoyen de pratiquer la religion de son choix ou de ne pas pratiquer de religion. Mais aussi la laïcité empêche l'imposition d'une religion et empêche la domination d'une religion sur une autre. La définition de la laïcité, c'est : "soustraire du pouvoir religieux".
Est ce qu'il y a, au Sénégal, quelque chose de soustrait au pouvoir religieux ??? Rien. Les religieux et les marabouts ont la main partout et sur tout, même sur les politiques !
En conséquence, il peut sortir le "laïque" de la République démocratique, puisque l'intangibilité de la laïcité a été vendu au pouvoir religieux musulman du Sénégal. Ce qui leur permet, de soumettre le peuple, mettre les femmes en castes inférieures aux hommes, et mettre des hommes et des enfants talibés en esclavage. Tout ce que la laïcité interdit !
Enfin, à l'allure où les mosquées des rétrogrades wahhabites saoudiens et celles des rigoristes frères musulmans égyptiens chassés par le Général Sissi, se construisent à chaque carrefour et dans chaque village sénégalais, liée à une marche forcée pour la radicalisation de la population pauvre et surtout la radicalisation de la jeunesse qui se désespère de n'avoir pas d'avenir...
Après avoir sorti le "laïque", le temps sera venu de sortir le "démocratique" de la République pour la nouvelle République Islamique Sénégalaise : La RIS ! Bienvenue à tous à la RIS !
Sauf si Allah se réveille et nous vient en aide !

Écrit par : issa gibb | 21/06/2017

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