01/02/2018

AU SENEGAL, LES ORDURES SONT POLITIQUES

Gestion des ordures à Dakar : La vérité sur un secteur tué par la politique (Entretien)

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Même si le syndicat des techniciens de surface a décidé de lever son mot d’ordre de grève, Dakar ne s’est pas encore débarrassé de ses ordures. Au marché Gueule Tapée des Parcelles Assainies, impossible de traverser sans que l’odeur nous « attaque ». Une odeur nauséabonde qui pollue l’air. Dans cet entretien accordé à Senenews, Madany Sy, le secrétaire général du syndicat national des travailleurs du nettoiement revient sur les difficultés dans c secteur d’activité, des difficultés qui ont, d’ailleurs, été à l’origine de la grève des acteurs du nettoiement.
Pouvez-vous, M. Sy, revenir sur l’origine de cette gréve qui a fini par transformer Dakar en un dépotoir à ciel ouvert ?
Ce sont les concessionnaires qui étaient partie en grève et c’est eux qui ont levé le mot d’ordre. Pour nous, techniciens de surface, au regard de la solidarité entre nous et les concessionnaires, nous ne pouvions plus continuer notre travail. Les concessionnaires ne sont pas notre employeur. Ils sont employés par l’Unité de coordination de la gestion des déchets solides (Ucg). Et ce qui nous lie avec eux, c’est le budget du nettoiement. C’est à dire les 17 milliards.
Et pour aller en grève, il faut le dépôt d’un préavis qui va permettre l’ouverture de négociations. Un préavis dure un mois. Il y a eu une coïncidence malheureuse. Car, le jeudi 25 janvier passé, nous avions organisé une grande assemblée au niveau du stade Amadou Barry de Guédiawaye.
C’était pour informer les camarades des difficultés mais aussi, il y avait des signes avant-coureurs pour que les gens puissent se préparer éventuellement. Mais, quand on a fait l’Assemblée générale le matin, l’après-midi, les concessionnaires ont arrêté le boulot. Les gens se sont posés cette question sur cette coïncidence.
Tous les syndicats des concessionnaires étaient-ils représentés au niveau de l’Assemblée ?
Oui. Ils étaient là avec tous les départements. Nous sommes 16OO techniciens de surface de Dakar à Yenne.
Mis à part le budget, qu’est-ce qui vous lie avec les concessionnaires ?
C’est eux qui amènent les camions, l’Ucg met à la disposition des camionneurs, le personnel de collecte et de balayage. Nous collectons plus de 2400 tonnes d’ordures par jours. Avec ces 72 heures de grève, il y a eu plus de 7800 tonnes d’ordures qui ont envahi la capitale. Dakar était devenu un dépotoir à ciel ouvert. Sans compter cette indiscipline notoire caractérisée d’une certaine frange de la population surtout avec les charretiers.
Comment le Sénégal peut-il émergé dans la saleté ? Cela ne sera pas possible tant qu’on est en train de fouler à pied la législation du travail. Et nous, en tant que travailleur, il était de notre devoir lors de cette assemblée d’informer les gens pour leur faire savoir que c’était une journée ville morte mais qu’ils pouvaient rejoindre leur secteur respectif en attendant d’avoir la bonne information. Mais les gens en ont tellement parlé et entre temps il y a eu un changement au niveau de la coordination de l’UCG.
Quelle est la mission assignée aux travailleurs du nettoiement regroupés au niveau du Syndicat de national des travailleurs du nettoiement que vous gérez ?
Nous avons une mission de santé et de service public. Notre mission consiste à nettoyer les grandes artères, à nettoyer nos quartiers surtout avoir un cadre de vie sain et attrayant. Mais aussi que l’on nous mette dans des conditions de performances.
Quel est le problème des concessionnaires ?
Les concessionnaires ont des problèmes car, ils réclament à l’Etat du Sénégal cinq mois d’arriéré de salaire qu’ils ont évalués à 7 milliards de F CFA. Et quand ces concessionnaires ont été reçus, avant-hier, par le Premier ministre Mouhamed Boun Abdallah Dionne, il parait qu’il y a eu une avance de 3 milliards 500 FCFA qui leur a été promise. Mais nous techniciens de surface, si nous n’avons pas la logistique, nous ne pouvons pas travailler. Et si les camionneurs ne viennent pas aussi, notre travail est voué à l’échec.
Raison pour laquelle, des manquements ont été notés à notre niveau. Mais, avant-hier, hier et aujourd’hui, Dakar commence petit à petit à être débarrassé de ses tas d’ordures. C’est pourquoi nous avons mis en place deux schémas : le premier schéma consiste à faire de la mécanisation, utiliser les gros moyens (les pelles mécaniques, les camions à ciel ouvert) et le deuxième schéma consiste à faire des porte-à-porte régulièrement. Il faut d’abord ramasser les ordures au niveau des quartiers puisque c’est ces ordures qui sont les dépôts sauvages que l’on retrouve das les grandes artères. Il y a eu une synergie entre la mécanisation et le schéma des porte-à-porte et je pense que d’ici demain ou après demain Dakar va retrouver son éclat.
Cette réactivité des autorités ne serait-elle pas liée à la visite du président Macron au Sénégal ?
Malheureusement au Sénégal, on ne vit que événementiel. Quand il y a eu le sommet de la francophonie, il y avait une grande synergie entre les différents ministères. La gestion des ordures est politisée. Il y a une politisation du secteur de nettoiement. Nous ne sommes ni le bouclier ni le bras armé d’une tierce personne.
Notre travail consiste à ramasser les ordures, à permettre aux populations de ne pas cohabiter avec la saleté, donc nous travaillons pour nous-mêmes mais aussi pour la population car c’est elle qui produit ces ordures.
Et le problème est là, un éternel recommencement, un fou institutionnel à n’en plus finir, une politisation qui ne dit pas son nom et une guéguerre sur le nettoiement. Ce sont les collectivités locales qui ont en charge le ramassage des ordures. Mais ce que l’on voit ici c’est l’Etat central qui gère le budget du nettoiement. Aucune commune, aucune mairie n’est en mesure de gérer le ramassage des ordures raison pour laquelle l’Etat a décentralisé les pouvoirs mais n’a pas décentralisé les moyens financiers.
Cette guéguerre est à l‘origine de ces dysfonctionnements. Plus grave encore, notre budget est évolué à 17 milliards alors que la masse salariale des travailleurs ne dépassent pas 3 milliards.
Les 13 milliards sont partagés entre les concessionnaires et les fonctionnaires depuis 15 ans, je me répète. Il nous faut une nouvelle clé de répartition ? Il faut que le gouvernement prenne les décisions qui s’imposent pour apporter des reformes dans le secteur du nettoiement.
senenews/Thioro Sakho

Commentaires

Et les ordures que ramassent les éboueurs,ou vont elles??

Écrit par : chees | 01/02/2018

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Ces chefs qui prétendent être des intellectuels parce qu'ils ont des diplômes... Qui n'utilisent pas leur savoir pour faire avancer leur pays, mais pour duper la majorité analphabète qu'ils gouvernent.
Ils érigent des monuments de béton pour appâter les ignares et épater les électeurs, alors qu'ils sont incapables d'assurer une activité aussi élémentaire que le ramassage des ordures dans leur pays.
J'adore ce texte de 2007 trouvé sur un blog... Rien n'a changé, les ordures au Sénégal...C'est toujours pareil, peut être pire !

Écrit par : issa gibb | 02/02/2018

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Ca ne donne pas envie tout ça !!!

Écrit par : jean | 03/02/2018

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