01/02/2018

LE DANGER CLIMATIQUE

le Sénégal sur une «bombe à retardement»

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Une digue de 3,5 kilomètres de long est construite pour protéger les villages. Ici le quartier de Goxu Mbathie. L'île de Saint Louis au Senegal, classée patrimoine mondial par l'UNESCO est une des plus belles villes du Senegal. Elle est menacée par l'erosion côtière. Les experts estiment qu'elle peut disparaitre sous la mer dans quelques décennies. Photo Sylvain Cherkaoui. Cosmos pour Libération
Les habitants de Guet Ndar, à Saint-Louis, sont menacés par la montée de l’océan : conséquence du creusement d’une brèche pour protéger la ville, aggravée par le changement climatique.
Sur les rivages du village de Guet Ndar (un quartier de Saint-Louis), la plage n’existe plus. La mer grignote les bicoques de pêcheurs, en ruine. Des pans entiers de ce quartier populaire s’effondrent dans l’océan. Des morceaux de béton, arrachés par la montée des eaux, parsèment le sable, au milieu des ordures déposées par la marée. Paysage de désolation. Modou Sène, pêcheur de 48 ans, a perdu la moitié de sa maison engloutie par les flots l’année dernière. Il ne reste qu’une petite pièce exiguë, aux murs délavés et rongés par les embruns. Avec 20 personnes de sa famille, il vit désormais dans ces quelques mètres carrés balayés par les vents. A l’intérieur, il ne reste pas grand-chose. La machine à coudre de sa femme trône fièrement sur une petite table, épargnée par les eaux. La pièce est froide, la taule du toit fissurée par l’humidité. «La nuit, j’entends les vagues taper contre le mur, j’ai peur que tout s’effondre encore. Je redoute ce que je vais découvrir le matin», raconte-t-il, assis sur des sacs de sable qu’il faut escalader pour atteindre le pas de sa porte. Pourtant, malgré les menaces d’effondrement, il refuse de partir. Pas question de quitter la terre de ses ancêtres enterrés-là. Des figures protectrices à qui l’on présente offrandes et sacrifices. Les Lébous, cette ethnie de pêcheurs sénégalais à la tête dure, sont très attachés à leurs traditions. Ils ne quitteront pas leur milieu naturel, celui d’une vie calée sur les marées et la houle.
Mais en dix ans, l’océan n’a cessé sa course folle. A Guet Ndar, près de 800 mètres de sable ont disparu. Le terrain de football, les étales pour sécher le poisson, les parcs de pirogues : rien n’a résisté. Niché sur la langue de Barbarie, cette immense bande de sable entre le fleuve Sénégal et la mer, Guet Ndar, désordonné et surpeuplé, suffoque. En cause, la construction d’un canal de délestage de 4 mètres en 2003 pour protéger Saint-Louis, ancienne capitale de l’Afrique francophone, classée au patrimoine mondiale de l’Unesco, des crues du fleuve. Aujourd’hui, les courants ont élargi ce trou béant qui mesure désormais près de 6 kilomètres. «On parle de vingt-cinq ans pour que Saint-Louis soit engloutie, mais la vitesse est insoutenable. On est assis sur une bombe à retardement», souffle le guide du patrimoine Birame Seck, très impliqué dans la survie de la ville. Un désastre écologique causé par la main de l’homme et accéléré par le changement climatique.
Dans l’urgence, les autorités, en partenariat avec la Banque mondiale et l’Agence française de développement, ont lancé en novembre la construction d’une digue artificielle de 3,5 kilomètres le long des villages touchés. Une sorte de bouclier pour protéger les populations de l’avancée de la mer et atténuer l’effet des vagues. Rien de définitif. Juste un pansement pour éviter le pire.
Infections.
Emmanuel Macron, en visite au Sénégal, se rendra samedi dans les ruelles sablonneuses de Guet Ndar pour constater les dégâts. Dans son entourage, rien ne filtre sur d’éventuelles annonces. Il devrait profiter de son déplacement pour augmenter les financements alloués à la préservation de la ville de Saint-Louis, où près de 150 000 personnes vivent dans des zones inondables.
L’été dernier, 150 familles ont perdu la totalité de leurs maisons, ravagées par l’océan. Les premiers déplacés climatiques sénégalais, désormais parqués dans des tentes à une dizaine de kilomètres de Saint-Louis, au milieu d’un terrain vague. Sokhna Bèye, 50 ans, vit là avec ses neuf enfants. Quelques nattes en plastiques recouvrent le sable, un matelas est posé à même le sol sans couverture. Le vent s’engouffre dans la bâche, les corps sont gelés. Ses enfants souffrent régulièrement d’infections respiratoires. Des conditions de vie extrêmement précaires. Pas d’assainissement et un seul robinet d’eau pour le camp où les bidons s’arrachent à prix d’or. Son mari Babacar est pêcheur. Chaque jour, il marche des kilomètres pour se rapprocher des côtes et ramener du poisson. Déracinée à l’intérieur des terres, la famille de Sokhna survit. «Si tu ne rentres pas dans la mer, tu ne manges pas», déplore-t-elle, assise à même le sol, tressant les cheveux de sa plus jeune fille. Depuis quatre mois, le gouvernement est aux abonnés absents. Pas d’aide, pas de vivres. Rien. La famille de Sokhna vit chaque jour dans l’incertitude.
Laboratoire.
En 2012, la montée des eaux avait déjà fait disparaître en entier un premier village : Doune Baba Dieye. Aujourd’hui, Ahmet Sène Diagne, son chef coutumier, tente de récupérer des mètres de terre. Il a fait de la langue de Barbarie son laboratoire à ciel ouvert. Sur l’îlot de Keur Bernard, il a déjà planté 4 000 pieds de filaos, ces arbres aux fines épines qui bordent les plages sénégalaises. Leurs racines s’enfoncent dans la terre et retiennent le sable. En cinq ans, il a regagné 300 mètres de terrain. «Les gens me prenaient pour un fou, se souvient-il, mais désormais, même le maire de la ville s’intéresse à mes projets.» Chaque année, il replante également des hectares de mangroves, des brises-vent très efficaces pour lutter contre l’érosion côtière. Sur une autre parcelle de terre, il a introduit des espèces qui diminuent la salinité des sols. La terre est de nouveau viable pour les cultures maraîchères. Et les femmes viennent récolter des tomates et des gombos. Peu à peu la vie revient.
Cet écologiste autodidacte a été le premier à dénoncer le désastre qui s’opérait et s’annonçait sur la langue de Barbarie. Le creusement de cette brèche indélébile, mais aussi la main de l’homme, venu piller le sable illégalement pour construire dans les villages. Les projets déployés en urgence pour lutter contre la montée de la mer, il n’y croit pas vraiment. A la hâte, il trace dans le sable un plan qui ébauche ses propres solutions. Des poches de digues circulaires parsemées dans l’océan : «Mon idée pour les générations futures. Mais ça, je ne risque pas de pouvoir l’exposer au président Macron…»
Margot Chevance/Libération.fr

Commentaires

Ce matin à une radio RTL une demande était faite par une SENEGALAISE de doubler l'aide financière de la FRANCE alors que le Pdt FRANCAIS venait à peine de descendre de son avion......
Il serait bon de savoir la répartition effective de l'argent pour qu'il soit utilisé de la meilleur façon pour TOUS les SENEGALAIS !....
sans se cacher que la baisse des échanges entre nos deux pays est de plus en plus évidente et que la perte de marché pour BOLLORE tombe juste au moment de la venue du président FRANCAIS ?
Le rapport des FRANCAIS vivant au SENEGAL se dégrade en particulier avec l'administration et ceci tout autant avec les touristes .
"Il faut sauver ST LOUIS" et la visite de MACRON est donc pas un hasard ,comme la CHINE cible le gaz ou le pétrole ou le bois qui feront l'essor économique du pays dans un futur presque immédiat .....
Reste qu'au SENEGAL tout est possible avec un état stable .

Écrit par : oyster | 02/02/2018

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Ce n'est pas à Macron de s'occuper des problèmes d'érosion de Saint Louis... c'est à Macky Sall et son gouvernement à s'occuper de Saint Louis
Mais, comme pour les gouvernements de son prédécesseur Wade, les gouvernements Sall ont détournés toutes les aides de lutte contre l'érosion, à Saint Louis comme pour les digues de Saly...
Et Maintenant, il est trop tard pour Saint Louis, la brèche est trop grande...Et les promesses annuelles de ré-ensablement des plages de Saly sont jamais tenues depuis 2012...
Et ils vont encore pleurnicher du pognon qui sera encore détourné... On connait par cœur le cirque... Il faut fermer les aides inutiles et les regarder s'enliser dans les eaux, avec les chinois en prime... Les aides internationales au Sénégal qui ne servent jamais à rien, çà suffit... Il faut taper là, où çà fait mal, plus de fric... En espérant qu'ils comprennent enfin que nous sommes pas cons ! En Espérant que Macron ne lâchera rien...pour rien ???

Écrit par : issa gibb | 02/02/2018

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Tout fait d accord avec vous

Écrit par : camara assane | 02/02/2018

Je sus entierement daccord avec vous.
Cette aide qui est demandée par nos dirigeants mandians nous faut aussi honte à nous Senegalais qui en ont marrre de votre pays.
Vous pouvez utiliser cette argents pour la reabilitation de vos alcoholiques ou de vos sdf.
Occupez vous de vos pays et laisser nous en paix.
Ce que vous appellez aide n'est jamais une aide.
Nous aussi nous ne sommes pas cons et on sait que Macron debarque avec le patronat Français attiré par l'odeur du petrole à Ndar.
Tout ce cirque et cet actitude paternaliste finira pronto .

Écrit par : Dou | 02/02/2018

tout à fait d'accord avec Issa gibb, j'ai déjà fait remonter l'info en 2016, photos à l'appui, au gouvernement, j'espère que MACRON en a pris connaissance !

Écrit par : falbala | 02/02/2018

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... "En 2012, la montée des eaux avait déjà fait disparaître en entier un premier village : Doune Baba Dieye. Aujourd’hui, Ahmet Sène Diagne, son chef coutumier, tente de récupérer des mètres de terre. Il a fait... "
... "A la hâte, il trace dans le sable un plan qui ébauche ses propres solutions. Des poches de digues circulaires parsemées dans l’océan..."
Pourquoi ne pas suivre l'exemple de ce Monsieur ? Apparemment il obtient des résultats PAR SES PROPRES MOYENS ! Pourquoi les habitants de Guet Ndar ne réagissent-ils pas de la même façon ? Pourquoi Monsieur le Maire de Saint-Louis se désintéresse-t-il (apparemment) de ces solutions simples peut-être mais visiblement efficaces ? Pourquoi être toujours fataliste et attendre de l'extérieur une aide hypothétique ? Selon la formule consacrée : AIDE-TOI, LE CIEL T'AIDERA !

Écrit par : Xx | 02/02/2018

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Pas d'aides pour les capotes ou autres pilules ?

Écrit par : stephane | 03/02/2018

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Mr Dou vous en avez marre de notre pays mais pas marre de nos khalis quoique vous en disiez!!!! sans l'aide de notre pays et ds autres pays vous retournez 50 ans en arrière,mais je suis d'accord avec vous il faut que l'on arrete de suite toutes aides au Sénégal et qu'on s'occupe de nos citoyens...Et je vous ferait remarquer qu'au point de vu alcoolisme les Sénégalais sont pas mal placés,et que beaucoup de nos SDF ne sont pas blancs comme neige...

Écrit par : eddy | 05/02/2018

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Voilà Mr dou ça s'appelle cracher dans la soupe

Écrit par : maie | 05/02/2018

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