20/03/2018

APOLOGIE DU VIOL A LA TELEVISION

Viol au Sénégal : « Cachez ces victimes que nous ne saurions voir ! »

songue-diouf-592x296-1521451013.jpgFatima Zahra Sall est juriste. Elle est l’une des initiatrices de la plainte déposée pour « apologie du viol » suite aux propos tenus par un chroniqueur sur une chaîne sénégalaise.
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Suite aux propos du professeur de philosophie Songue Diouf, qui affirmait le 9 mars à la télévision sénégalaise qu'une femme pousserait un homme à la violer, la juriste Fatima Zahra Sall a déposé une plainte pour « apologie du viol » et dénonce le silence quasi total des pouvoirs publics.
Tribune. « Nous devrions porter plainte, parce que vous faites tout pour que nous vous violions. Et quand nous vous violons, nous allons en prison et vous, qui avez tout fait pour qu’on vous viole, vous continuez à être libres. J’assume pleinement et entièrement ce que je dis : je coupe la poire en deux ! » L’homme qui prétend ainsi imputer une part de la responsabilité du viol qu’elles ont subi aux jeunes filles qui s’habillent de manière « sexy », proposant d’adoucir la peine du violeur, est El Hadj Songue Diouf, chroniqueur dans le talk-show « Jaakarlo Bi », diffusé sur la Télévision Futurs Médias (TFM), la chaîne du célèbre chanteur Youssou Ndour.
« Même au sein de la maison, celle qu’on a violée, c’est celle qui a des formes généreuses », ajoutait, le 9 mars, celui qui est présenté sur le plateau comme un « professeur » – il enseignerait la philosophie dans un lycée dakarois.
Aussitôt, les réactions indignées fusent de toutes parts. Une pétition, qui atteint aujourd’hui les 5 000 signatures, est lancée sur Facebook pour demander des excuses publiques. Par ailleurs, une citation directe est déposée contre El Hadj Songue Diouf pour apologie du viol, diffamation et injures, délits réprimés aux articles 252, 258, 261 et 262 du code pénal sénégalais.
Feindre l’ignorance
Du coté des autorités, par contre, c’est le silence radio. Hormis le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), qui s’est fendu d’un communiqué enjoignant la direction de la chaîne de « mettre un terme définitif à de pareils manquements et à éviter toute rediffusion de l’émission du 9 mars 2018 sous peine de l’application des sanctions prévues par la loi », les institutions publiques – notamment le ministère de la Femme, de la Famille et du Genre – sont jusque-là restées muettes, préférant feindre l’ignorance.
A l’inverse, sur les réseaux sociaux, certains n’hésitent pas à prendre la défense du « professeur » Diouf, alimentant cette idée abjecte d’une responsabilité partagée entre le violeur et sa victime. Le présentateur de l’émission, tout en réaffirmant son soutien à son chroniqueur, a toutefois préféré démissionner à la suite d’un désaccord né de la prise de position du directeur des programmes de la chaîne, lequel condamne les propos tenus.
Cet épisode renseigne sur plus grave : le manque criant d’éducation sur le sujet, et ce que nous qualifions au Sénégal d’« omerta du viol ».
Récemment, une exposition supervisée par l’Université du Kansas montrait les vêtements que dix-huit victimes d’un viol portaient au moment où elles ont été agressées. Pour certaines, il s’agissait d’un simple jean et d’un t-shirt. Mais dans la quasi-totalité des cas, nulle tenue mettant en valeur des « formes généreuses ».
Dressant le profil-type du violeur, des médecins ont démontré qu’il présente généralement les traits d’un être égocentrique, tourné vers la satisfaction de ses désirs, incapable de prendre en compte ce qu’éprouve sa victime. Sans le moindre rapport entre son acte et l’habillement de celle-ci.
C’est ton oncle : fais tout pour qu’il n’aille pas en prison !
Les déclarations malheureuses tenues sur TFM n’ont pas entrainé qu’indignation et poursuites judiciaires. Les langues se sont déliées, et pour la première fois, sur la toile sénégalaise – où le viol figure en tête des sujets tabous –, des victimes ont décidé de s’exprimer tout en préservant leur anonymat. Le contenu de certains récits fait froid dans le dos.
« Le lendemain, ma mère m’a dit : “C’est ton oncle, c’est ta famille : fais tout pour qu’il n’aille pas en prison !” », raconte une victime alors âgée de 14 ans. « Je pouvais rester trois semaines à un mois allongée comme un légume, à pleurer. Je n’avais plus d’amis, plus de famille : à 16 ans, c’est compliqué à gérer, cette solitude et cette affliction. J’ai d’ailleurs tenté de me suicider. Je me suis retrouvée SDF pendant un an, et quand j’ai demandé à revenir, mon père a refusé en disant qu’il ne voulait pas que je contamine son autre fille. »
Culture du viol
Au Sénégal, nombreuses sont les victimes de viol qui ont eu à supporter les mêmes remarques ignobles. « Tu n’avais qu’à mieux te couvrir », lançait à une victime son propre père. Dans bien des cas, on retrouve des similitudes : protection du violeur par l’entourage, impunité, diabolisation de la victime… La poire honteusement « coupée en deux » ! La culture du viol dans toute son horreur.
La société sénégalaise est assise au premier banc des accusés, elle qui trouve si souvent refuge dans le « masla » et le « sutura » (une discrétion bienveillante) en vertu desquels on dissimule tout délit ou crime dont l’ébruitement pourrait porter atteinte à l’image ou à la réputation de la famille ou du groupe. Face au viol, « masla » et « sutura » se transforment en boulets sociologiques qui dissuadent toute action en justice et proscrivent jusqu’au soutien élémentaire de la victime. Celle-ci se retrouve donc livrée à elle-même, souvent obligée de cohabiter avec son agresseur – dans 65 % des cas, le violeur est un proche parent. Les rares fois où elle trouve le courage de dénoncer son bourreau, elle est exclue du groupe et jetée en pâture par les semblables du « professeur ».
Se libérer de la honte
Déconstruire cette mentalité rendant la victime complice du crime ou du délit qu’elle a subi est un enjeu capital pour la société sénégalaise. Sur Internet, des groupes comme « Nopiwouma » (« Je ne me tairai pas ») incitent ainsi les personnes ayant subi une agression sexuelle à partager leur histoire en toute confidentialité, afin de se libérer de la honte imposé par une société souvent injuste.
Une lutte indispensable contre la culture du viol, et au-delà contre toute forme de violence exercée sur les femmes et les enfants, afin que soient rétabli au Sénégal le respect de la dignité humaine.
Fatima Zahra Sall/jeuneafrique.com

Commentaires

Quand on a conscience du nombre d années qui ont été nécessaires en France pour changer les mentalités et la prise en charge des femmes violees, au Sénégal le chemin va être très long. Il est par contre vrai que le silence des autorités politiques, ne serait ce que celui du ministre de la femme, celui du propriétaire de la station télé à savoir M. Youssou N DOUR, est assourdissant; c est un changement de la société qui devra intervenir mais le scepticisme peut être grand;

Écrit par : PDP | 20/03/2018

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Quand on a conscience du nombre d années qui ont été nécessaires en France pour changer les mentalités et la prise en charge des femmes violees, au Sénégal le chemin va être très long. Il est par contre vrai que le silence des autorités politiques, ne serait ce que celui du ministre de la femme, celui du propriétaire de la station télé à savoir M. Youssou N DOUR, est assourdissant; c est un changement de la société qui devra intervenir mais le scepticisme peut être grand;

Écrit par : PDP | 20/03/2018

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Remarquable article de Jeune Afrique, sous la plume de Fatima Zahra Sall.
Malheureusement les hautes autorités de ce pays font la sourde oreille et tournent le dos... Il est vrai que "le sexe" est un sujet tabou au Sénégal ! le viol est un acte absolument et totalement odieux, impardonnable, et reporter cette "faute" sur les femmes-jeunes filles-enfants victimes l'est encore plus.

Écrit par : Elle | 20/03/2018

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Très juste,ils font la sourde oreille,comme le reste ds hommes ,ils préfèrent la pratique des SOURNOIS ...

Écrit par : eddy | 21/03/2018

Enfin pas tous les hommes seulement ceux qui pratiquent!!!

Écrit par : eddy | 21/03/2018

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Encore un qui se gratte les burnes quant il te parle

Écrit par : stephane | 21/03/2018

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D'un côté, sur une télé, vous avez Ndèye Sali Diop Dieng, la ministre de la Femme de la Famille et du Genre qui offre la femme sénégalaise en exemple ? En exemple, de quoi, on ne sait pas ? Mais, en exemple quand même pour faire de l'image...
De l'autre, vous avez un professeur de philosophie Songue Diouf qui s'approche des thèses des intégristes radicaux sur les femmes et leurs libertés, en accusant les femmes sénégalaises de s'habiller "sexy" pour être violer ??? Pas étonnant qu'avec des professeurs de ce niveau intellectuel, la population sénégalaise reste aussi con à ne pas se révolter....

Sans aucune réaction des autorités gouvernementales sur ces propos "d'apologie du viol sur les femmes"... Silence du conseiller de la Présidence et patron de la station télé en la personne de Youssou Ndour et encore plus curieux, le silence de la Ministre de la Famille citée ci-dessus N.S.D. Dieng malgré cette attaque insultante et intolérable contre les femmes sénégalaise...

Devant toute cette lâcheté et hypocrisie chronique au Sénégal, capable du pire, en corruption, en esclavage des enfants talibés, les fillettes excisées et le silence sur les viols et maintenant le silence sur l'apologie du viol ??? Ce pauvre pays n'est pas prêt de sortir de l'obscurantisme...Bien seule, une juriste Fatima Zahra Sall ose se révolter sur ces propos intolérables ???
Comme si dans un pays pourtant si croyant et pieux, tous les viols sur les femmes, les excisions et les mariages forcés des fillettes ou l'esclavage des enfants talibé, étaient permises ???

Écrit par : issa gibb | 21/03/2018

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Un pays si croyant c'est de la foutaise !!!c'est du cinéma pour l'entourage et de toutes façons c'est un moyen de pression sur la population et c'est tout on est pas croyants qd on laisse des enfants en esclavage ,une population dans la misère et l'obscurantisme,et des pratiques d'un autre temps...émergence que signifie ce mot pour eux ,on peut se poser la question

Écrit par : ?? | 24/03/2018

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