23/04/2016

POURQUOI SALY BRÛLE?

Saly, une zone incendiaire

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La station balnéaire de Saly est profondément marquée par une série d'incendies. L'inquiétude est palpable chez les résidents. Les sapeurs-pompiers interpellent les responsables des réceptifs pour un respect des normes minimales de sécurité. Focus sur un phénomène récurrent et inquiétant.
Tous les ans, c'est le même cirque, à Saly : on y assiste à un ballet des soldats du feu pour éteindre des incendies. Le dernier en date s'est déclaré au domaine des Orangers et a consumé quatre villas et le bureau du syndicat. Ce qui porte le nombre à 37 incendies, pour l'année en cours. En 2011, 170 villas étaient parties en fumée. En 2015, 52 incendies se sont déclarés au niveau du département. A chaque fois, l'irresponsabilité des ouvriers et le manque de vigilance des résidents ont été pointés du doigt. N'empêche qu'une question s'impose : pourquoi Saly est-il aussi exposé aux incendies ? A ce propos d'ailleurs, une autre question noue les gorges des résidents de Saly et personne ne souhaite l'envisager : "Si le feu se déclare la nuit ?''
En tout cas, les années se suivent et les mêmes sinistres reviennent. Chaque fois, au désarroi, succède la tristesse, puis la promesse de solutions et de mesures concrètes. Des paroles et ensuite l'oubli, jusqu'au prochain incendie. Ainsi, autant, c'est un phénomène universel, autant les populations s'interrogent sur leur fréquence à Saly. La brigade des sapeurs-pompiers de la commune est dotée de 2 citernes de 10 000 litres et d'une autopompe qui peut fournir 8 lances.
Où se situent les responsabilités ?
Les incendies dans la station balnéaire sont la plupart du temps causés par des accidents domestiques. Les barbecues entre résidents, de temps en temps, virent au drame. Au moment du débroussaillage aussi, des incendies sont notés. Le dernier incendie cité plus haut a été causé par des ouvriers qui réparaient le toit d'une villa, à l'aide d'un chalumeau. Alors que, pour effectuer certains travaux dans leurs domaines, résidences et réceptifs, les propriétaires doivent déposer une demande de permis de feu à la caserne des sapeurs-pompiers. Ce n'est qu'après avoir reçu une autorisation que les travaux peuvent débuter. La caserne met un élément de la brigade des sapeurs-pompiers à leur disposition pour qu'en cas de catastrophe, les premiers secours soient vite apportés, afin d'éviter la propagation du feu. Mais les résidents font fi du règlement.
La paille, l'objet du tourment
Dans la zone balnéaire, beaucoup de réceptifs partagent un symbole commun : la paille. Celle-ci, pour certains, est l'élément design du tourisme de la zone. Elle attire. De ce fait, dans beaucoup de réceptifs, domaines, résidences, les constructions sont faites avec de la paille. La récurrence des incendies poussent certains à militer pour sa suppression, une bonne fois pour toutes. Par contre, ceux qui aiment l'exotisme considèrent que les réceptifs doivent garder cette paille qui symbolise l'Afrique. « Ce qui fait le charme à Saly, ce sont les toits en paille. Pourquoi l'enlever ? Le feu se déclare partout, même dans les immeubles. Il ne faut pas accuser la paille », lance Helena Sanchez, une Italienne. Pour ce taximan, il faut plutôt parler de volonté divine.
Au niveau du Lamantin Beach, pour éviter les incendies, les constructions sont dallées, avant la pose de la paille. A en croire, l'adjudant-chef Papa Gora Kane, commandant du centre de secours et d'incendies de Saly, même si les constructions sont dallées, les normes de sécurité ne sont respectées qu'à moitié. « Certes la dalle peut limiter les dégâts, mais ce n'est point suffisant », explique l'adjudant-chef. Certains réclament même que les toits en paille soient transformés en tuile. D'ailleurs du côté de la Société d'aménagement de la Petite-Côte (Sapco), on précise que tout résident peut transformer sa paille en tuile.
Trop de failles dans le respect des normes de sécurité
Au-delà de la question relative à la paille des réceptifs, le manque de vigilance des résidents pose également problème. S'y ajoute le non-respect des normes de sécurité au moment de construire. A ce niveau, beaucoup de choses sont à rectifier. Selon l'adjudant-chef Kane, les gens ne croient pas à la sécurité. Alors que, là où il y a plus d'une dizaine de personnes, il faut le minimum sécuritaire. Des gens investissent des millions dans leurs réceptifs et ne mettent pas le minimum pour la sécurité, déplore l'adjudant. "La sécurité n'a pas de prix. Les chefs de réceptifs doivent renforcer le dispositif sécuritaire. Mieux, ils doivent former leurs employés pour qu'en cas d'incendie, ils puissent faire les premiers gestes. Certains respectent le minimum. D'autres par contre font de la résistance'', explique-t-il.
S'il y a des gens qui sont réfractaires aux dispositifs sécuritaires, d'autres versent dans l'autre extrême : "le trop de sûreté dans la construction des villas'', selon les termes du commandant de la brigade. "Là où il y a trop de sécurité, cela finit par amener de l'insécurité'', prévient-il. Il s'explique : "Dans une villa, il y a plusieurs cases, le salon se trouve en bas et les chambres sont en haut. Les fenêtres des chambres sont barricadées par des grilles. On ne peut les soulever pour faire passer un tuyau d'incendie. Cela ne se fait pas. Quand ils dorment la nuit, ils ferment à clé. Imaginez que l'incendie se déclare la nuit, si les locataires sont sous le choc, ils peuvent être paniqués et gâter la serrure et la clé.''
Plus dangereux encore, selon toujours l'adjudant Kane, dans certains réceptifs, il y a des puits qui ne sont pas bien protégés. Les enfants peuvent soulever facilement le couvercle. C'est dans ce sens qu'il invite à plus de respect dans les constructions, mais aussi à un respect minimal des normes sécuritaires.
Difficulté d'accès
L'autre équation, c'est la difficulté d'accès pour les sapeurs-pompiers, en cas de sinistre. Lorsqu'il y a vent, la propagation du feu se fait rapidement, du fait de la contiguïté des villas. Il n'y a que des couloirs pour les personnes. "Même s'il fallait évacuer un certain nombre de personnes, ce serait difficile, vu l'étroitesse des couloirs'', explique l'adjudant-chef Kane. Même en cas de noyade, il est difficile pour eux d'accéder à la mer par Saly. Les secours de la caserne sont obligés de contourner Saly, d'aller jusqu'à la plage de Mbour et de longer la côte.
KHADY NDOYE/EnquêtePlus